Au scandale !

Je profite des premiers jours du soleil pour m’enfermer dans la salle obscure du Cinématographe de Nantes pour deux films du festival "cinéma et scandale" : ’Orange mécanique’ de Stanley Kubrick (1971) et ’La bataille d’Alger" de Gillo Pontecorvo (1966). Sans regrets.

S’il n’est peut-être plus nécessaire de présenter le premier, le second mérite de l’être d’avantage.

"La bataille d’Alger" sera présenté au festival de Venise de 1966, au cours duquel il obtiendra le prix du lion d’Or. Pourtant, en France, il sera censuré pendant des années. C’est que le réalisateur italien se charge de reconstituer fidèlement un épisode de la guerre d’Algérie, de manière aussi neutre que juste. A ce titre, le cinéma devient un témoignage précieux d’un événement historique. D’ailleurs, il reste un des rares films à évoquer cette guerre ; auquel pourrait s’ajouter "Les parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy (1964). En revanche, il est bien le seul film à la montrer de cette manière.

Le film commence par la fin, c’est-à-dire par la découverte de la planque de l’algérien Ali la Pointe par le colonel français Mathieu. La suite revient sur les actions militantes du Front de Libération Nationale (FLN) contre l’armée française entre 1954 et 1957.

Le tout est tourné sur place, en noir et blanc, caméra épaule, sans acteurs professionnels… Autant d’éléments qui font que le film tient de près au documentaire. D’autant que l’essentiel, soit les combats sont montrés, quand le superflu, les émotions sont ignorées. Toutefois, une scène contribue à faire que le film commence à basculer du côté de la fiction. Cette scène, c’est à l’image, une série d’attentats et à l’oreille, une musique haletante.

Dans tous les cas, le Cinématographe fait du spectateur le témoin d’un chef d’oeuvre.

Mathilde