On a visité les coulisses de la Maison des Hommes et des Techniques

Dimanche 4 octobre 2015, nous sommes rentrés dans le bâtiment « Ateliers et Chantiers de Nantes » pour nous replonger dans le passé de l’île de Nantes à travers l’histoire des chantiers navals. Grâce à la richesse des explications de notre guide Gérard, ancien ouvrier des chantiers, qui a commencé comme apprenti traceur de coque à 15 ans, nous avons eu la chance de revivre cette époque glorieuse et cette grande fierté encore présentes dans la mémoire des nantais.

L’histoire de la construction navale à Nantes

Nous avons commencé la visite par découvrir l’exposition permanente sur la construction navale. Nous avons ainsi appris que Nantes est une ville qui s’est développée grâce aux échanges commerciaux internationaux amenés par les chantiers navals. En 1738, Julien Dubigeon installe son premier chantier. Vers 1881 se développe les Ateliers et Chantiers de la Loire sur l’île de Nantes. Les chantiers navals perdureront jusqu’en 1986.

L’exploitation du fer puis de l’acier pour remplacer le bois modifient les normes de la construction navale. A la fin du XIXème siècle, les bateaux peuvent atteindre une longueur allant jusqu’à 200m. L’utilisation du fer et de l’acier permettent de réaliser des liaisons entre les différentes pièces et d’allonger ainsi les navires, qui deviennent également plus solides et plus fiables.

 « - Quels types de bateaux étaient construis aux chantiers ? », s’interroge un participant.
« - Tous types de bateaux. Tous ces ouvriers ont développé une culture sociale et une fierté des nantais qui ont permis d’être à la pointe des demandes d’amélioration des conditions de travail. » 

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Les cap-horniers

Nous avons ensuite découvert que de nombreux cap-horniers ont été construits aux chantiers navals de Nantes à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Les cap-horniers étaient des voiliers de charge au long court qui passaient notamment par le Cap-Horn pour faire du commerce maritime. La traversée pouvait durer de 6 mois à 1 an et ces voiliers trois-mâts étaient composés d’une coque en acier. Ces bateaux se sont agrandis pour faire jusqu’à 80 à 100m de long.

Les premiers bateaux à vapeur ont été construits au milieu du XIXème siècle, mais les armateurs français étaient réticents au départ à les utiliser. En effet, le stock de charbon nécessaire pour le fonctionnement de ces navires occupait un pan de la cargaison et limitait ainsi son chargement. De plus, une loi gouvernementale de 1896 a encouragé pendant un certain temps la construction de ce type de bateau à voile.

Ainsi environ 80 cap-horniers sont sortis des chantiers navals de Nantes. La construction était très rapide et ne prenait pas plus d’un an. Malgré tout, les cap-horniers disparaissent au profit des bateaux à vapeur.

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Les chantiers navals au XXème siècle

Au XXème siècle, il existait de grands ateliers pour l’usinage aux chantiers navals sur l’île de Nantes et un hangar qui servait au sablage des taules et à leurs premières couches de peinture avant de les stocker. Au total, les chantiers comprenaient 18 hectares de l’île. Cette activité faisait partie de la vie quotidienne des nantais avec son lot d’odeurs et de bruits. Si les nantais n’entendaient plus rien, alors les chantiers étaient en grève !

La longueur des bateaux augmentant, les cales ont du être adaptées. Au départ les cales étaient perpendiculaires à la Loire pour construire des bateaux de 30 à 40m mais pas la suite les cales ont été installées en biais pour permettre le lancement des navires. Certaines cales étaient également couvertes pour construire les bateaux militaires. Elles étaient recouvertes pour protéger le secret militaire mais aussi car des taules épaisses étaient parfois utilisées et cela nécessitait des soudures sous haute température dans un lieu protégé de la pluie.

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Les différents métiers

Avec les évolutions techniques, de nouveaux métiers voient le jour. Ainsi des traceurs apparaissent pour dessiner toutes les pièces du bateau à échelle grandeur nature dans des salles spécifiques appelées : « salles à tracer ». Des traceurs de coque sont employés jusqu’à la fin des années 1965. Par la suite des nouveaux papiers plastifiés ont permis de faire un traçage au 1/10ème. Puis après les années 80, des outils informatiques remplacent les traçages au sol ou sur papier.

L’apparition du rivetage est également source de nouvelles professions. Gérard nous a ainsi présenté trois métiers indispensables pour cette technique :

  • le chauffeur de clou qui tend le rivet chauffé au teneur de tas
  • teneur de tas qui réalise le rivetage
  • le sonneur de rivet qui vérifie que l’opération est correctement réalisée et que le rivetage est étanche. Par la suite, la soudure remplace le rivetage. Ainsi les premiers bateaux soudés apparaissent pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cette technique permet une simplicité de construction avec des pièces plus longues et plus résistantes.
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Nous avons ensuite pu visionner un film, réalisé en 1984, sur les préparatifs de lancement de navires. Les bateaux sont lancés en n’étant pas complètement finis, car sinon ils finiraient par être trop lourds en cale.

Les origines de la Maison des Hommes et des Techniques

Gérard nous a également présenté les prémices de la création de la Maison des Hommes et des Techniques. Elle a vu le jour grâce à une forte identité ouvrière présente dans les chantiers à Nantes, ainsi 66 % des travailleurs étaient syndiqués.
Vers 1972, les travailleurs des chantiers commencent à valoriser leur savoir faire en exposant leurs propres créations individuelles.
Dans les années 80, une œuvre collective est réalisée ainsi qu’une grande exposition sur l’histoire de la construction navale. 33 panneaux sont conçus pour expliquer l’évolution historique, technique et sociale des chantiers et les écoles étaient également reçues les samedis pour une visite. En 1986 naît le Centre de l’histoire navale, les ouvriers ont ainsi récupéré 5000 plans originaux, notamment ceux des cap-horniers, des ouvrages techniques du XIXème siècle, des films, des outillages, plus de 1000 photographies…

La Maison des Hommes et des Techniques est impliquée dans de nombreux projets pour valoriser et perpétuer le savoir faire des travailleurs. Grâce à des chantiers d’insertion, elle a permis de créer des formations d’apprentissage pour des jeunes, notamment en soudure.

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Les grues sont des moyens de levage pour accéder et amener les différentes pièces pour la construction du bateau. La grue Titan est peinte dans la couleur jaune « sécurité ».

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Gérard nous explique comme se passait le lancement d’un navire.

Cette Visite des Coulisses nous a permis de découvrir un pan important de l’histoire nantaise. La Maison des Hommes et des Techniques est un lieu de sauvegarde du patrimoine nantais créée en 1994, qui permet que vive et survive dans les mémoires la culture ouvrière. Grâce à Gérard, l’histoire des chantiers navals sera connu maintenant de tous les participants.

Fanny, coordinatrice des Visites des Coulisses