On a visité les coulisses des égouts

Lors d’une matinée pluvieuse, le 20 novembre 2015, nous sommes partis explorer les égouts de la ville de Nantes ! C’était un vendredi à 9h, nous étions 20 participants et certains avaient même posé un jour de congé spécialement pour cette sortie !

Le rôle du pole d’assainissement

Dans un premier temps, Jérôme, technicien au service des égouts, nous a expliqué le fonctionnement du réseau d’assainissement. Il a trois fonctions principales : collecter, transporter et traiter. Les stations d’épuration permettent d’assurer la salubrité publique et de protéger les ressources en eau. Tout cela est très surveillé et contrôlé régulièrement par l’Agence Régionale de la Santé (ARS). En bord de mer, l’eau est désinfectée à la javel ou bien avec des ultraviolets, mais cette technique coûte plus chère.

Le premier réseau d’assainissement a été construit sous l’empire romain, c’était le cloaca maxima à Rome. Au XIXème siècle est construit le premier réseau d’assainissement à Nantes. Le traitement des eaux usées est très récent, il date des années 1960.

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 « - Qu’est ce qu’il ne faut pas jeter dans le réseau d’assainissement ? », demande un participant.
« - Il ne faut pas jeter des matières grasses, car elles refroidissent en donc se figent et obstruent des tuyaux. Des dizaines de tonnes de graisse doivent être retirées tous les ans. » 

Jérôme nous a aussi expliqué que les lingettes soit disant biodégradables, sont le fléau numéro 1 pour les égoutiers ! Les cotons-tiges également, ainsi que le sable et les cailloux qui bouchent les canalisations. Les informations concernant ce qu’il faut jeter et ne pas jeter dans le réseau sont disponibles sur les factures d’eau, mais il est difficile de toucher les logements collectifs.

Les différents types de réseau

Il y a 3 types de réseau d’assainissement : un réseau d’eau de pluie, un réseau d’eau usée et un réseau unitaire, qui récolte les eaux usées et les eaux d’habitation. Il y a au total 110 km de réseaux visitables allant de 1m20 de hauteur jusqu’à 3m. Les réseaux visitables sont souvent très gros et donc pour les nettoyer il faut faire passer des ouvrages énormes, notamment dans les chambres à sable. Une fois par an, il faut utiliser des pompes de sable qui enlèvent tous les dépôts de graisse et de sable qui bouchent le siphon.

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 « - Qui paye pour le fonctionnement du réseau ? », questionne un participant.
« - A l’achat de l’eau une redevance est prélevée, donc tout le monde est concerné. » 

Les conditions de travail des égoutiers

Tous les ouvrages sont doublés par mesure de sécurité. Donc lorsque les égoutiers interviennent sur des chambres à sable, une est arrêtée pour la vider pendant qu’une autre continue à fonctionner en doublage.

Jérôme nous a raconté que des gaz dangereux de fermentation peuvent être relâchés lors de ces interventions, donc les égoutiers travaillent avec des bouteilles d’air. Il nous a interpellés sur le fait que des accidents mortels peuvent arriver notamment des risques de noyade et d’asphyxie au H2S (gaz toxique). Sinon les accidents du travail sont liés à des chutes et des troubles musculo-squelettiques fréquents car les égoutiers travaillent souvent en force. Les tuyaux qu’ils portent pour aspirer le sable peuvent peser jusqu’à 40 à 50 kg, font ventouse et donnent aussi des coups de bélier. Une prise de sang est réalisée sur les égoutiers tous les 6 mois pour s’assurer de leur santé.

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 une caméra d’inspection des réseaux non visitables 

Pour nettoyer, les égoutiers balayent ou passent la mitrailleuse, qui s’utilise avec un principe de chasse, qui fait avancer le sable vers des camions qui aspirent au bout. Des camions hydrocureurs nettoient la graisse et le sable.

Jérôme nous a expliqué que jusque dans les années 1950, des siphons ont été installés pour éviter les remontées d’odeur dans les habitations. Le problème c’est que ces systèmes ralentissent le débit d’eau et que tous les dépôts s’installent au fond des tuyauteries. Les égoutiers sont obligés d’intervenir avec une gratte. En tout ce sont 4000 siphons à Nantes qui sont encore installés et cela nécessite 2000 à 4000€ de travaux par siphon pour en refaire.

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Les mauvaises odeurs, qu’il y a dans les rues parfois, ne proviennent pas du réseau d’assainissement. Elles viennent des avaloirs qui manquent d’eau et donc les odeurs remontent.

Le problème avec les rats, c’est qu’ils font leurs gîtes et qu’ils grattent leurs dents pour les user sur le béton. Pour dératiser, on utilise des produits toxiques. Des blocs de dératisation sont utilisés et les rats meurent au bout de 10 jours. Sinon un système de dératisation électronique est parfois utilisé mais coûte plus cher.

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 « - Quelles sont les objets les plus « exotiques » que vous récupérez ? », questionne un participant.
« - Il y a de tout : des porte-feuilles, des portables, des alliances, des dentiers... » 

Après cette présentation du réseau, nous avons enfilé nos bottes, nos combinaisons, nos casques et nous sommes partis découvrir une portion de réseau d’égout entre la place Royale et la place Graslin. Cette visite insolite a été un moment d’exploration unique ! De nombreuses vidéos et photos ont été réalisées par les participants, allez les découvrir ici et  !

Fanny, coordinatrice des Visites des Coulisses