On a visité les coulisses du Centre d’Histoire du Travail

Le jeudi 15 octobre, nous sommes partis à la découverte du Centre d’Histoire du Travail (CHT). Grâce à Christophe Patillon, employé au CHT et historien de formation, nous avons eu la chance de découvrir les coulisses de ce lieu aux mille et une archives.

Petit retour historique sur le CHT

Dans les années 1980, des intellectuels nantais ont décidé d’ouvrir un lieu dédié à la conservation de l’histoire paysanne et ouvrière.

Au départ, les locaux du CHT se situaient dans ceux de la bourse. En 1994, le CHT déménage dans l’ancien bâtiment de la direction des chantiers navals. Ces derniers sont maintenant voisins avec la Maison des Hommes et des Techniques (MHT) et le Centre Interculturel de Documentation (CID).

Le CHT abrite entre ses murs environ 1800 livres et plus de 6000 titres de périodiques. Il s’y trouve notamment toute la collection du « Canard Enchaîné » depuis ces 30 dernières années. Le CHT est surtout un fond d’archives inouïes sur les syndicats. En tout, le CHT contient 1.8km de cartons d’archives, avec des milliers de photographies parfois sans identification. Les anciens militants sont donc sollicités pour dater et localiser ces photographies. Le CHT emploie 3 salariés dont une archiviste : Christophe Patillon, Xavier Nerrière et Manuella Noyer.

Le CHT propose aussi un cycle cinéma en partenariat avec le Cinématographe, qui présente 3 films en lien avec l’histoire sociale accompagnés par 3 débats. Le CHT est également un éditeur et ce qui est en fait souvent sa notoriété .

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 « - Qui a la propriété du transfert des fonds ? », s’interroge un participant.
« - Les donateurs restent propriétaires et les archives sont consultables par tout le monde sauf certains cartons sur lesquels sont indiqués la mention « pas consultable sans l’avis du propriétaire » ». 

La salle historique

Après cette présentation du Centre d’Histoire du Travail, nous sommes allés découvrir un salle de fonds d’archives : la salle historique. Pendant longtemps, les archives publiques, ne s’intéressaient pas aux archives privées. Christophe Patillon, nous raconte qu’un militant du front du Parti Socialiste Unifié (PSU) est monté un jour à Paris et a trouvé les cartons d’archives du parti en train de prendre l’eau. Il a appelé le CHT pour savoir s’il pouvait récupérer les archives et c’est ainsi que les archives du PSU national se sont retrouvées à Nantes.

Au CHT, il y a également des fonds d’archives anarchistes venus de Paris (des œuvres de Bakounine, l’encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure…). Nous y retrouvons aussi les archives de Jean Poperen. Pendant longtemps , Jean-Marc Ayrault a été considéré comme le fils politique de Jean Poperen et sa femme à la mort de ce dernier a décidé de léguer les archives de son mari à la ville de son dauphin : Nantes. C’est ainsi que le CHT est pourvu de documents qui pourrait tout aussi bien être conservés au centre des archives socialistes à Paris. Le CHT n’avait pas vocation au départ à accueillir des archives d’ampleur nationale, cela s’est fait au fur et à mesure.

Le CHT compte également des archives de la gauche paysanne notamment du PT, le « Paysan Travailleur », différent du « Parti Travailleur ».

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Christophe nous présente un cahier de jeunesse de Jean Poperen, écrit durant la Seconde Guerre Mondiale.

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 « - Est-ce que vous numérisez toutes les archives ? », demande un participant.
« - Non, pas encore. Nous avons numérisé des titres de presse âgés et usés qui sont en accès libre sur le site ». 

Une archive de 1833

Notre intervenant nous a ensuite présenté une minute signée datant de 1833 d’une société de secours mutuelle. A l’époque, il était interdit de faire des syndicats et donc, en parallèle, des sociétés de secours mutuelles se sont créées. Ainsi une cotisation était demandée, pour permettre de verser aux malades, aux personnes trop vieilles pour travailler, un pécule de subsistance. Ce système évitait aux ouvriers et à leurs familles de passer à l’état de misère lorsqu’ils ne pouvaient plus aller travailler et étaient donc sans revenus. Cela a permis de structurer le monde ouvrier.

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La deuxième salle d’archivage

Une nouvelle salle a été aménagée avec des compactus permettant d’apporter une capacité d’archivage identique à celle de la salle historique. Les salariés font du récolement d’archives, de la rédaction d’inventaires tout cela à l’aide d’un plan de classement.

Le CHT est unique au monde en tant que structure bénéficiant de subventions des mairies et des départements, avec un collège des intellectuels pour l’administrer. Le CHT fait aussi partie du CODHOS (COllectif des centre de Documentation en Histoire Ouvrière et Sociale) et tous les 3 mois, une réunion se tient à Paris.

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 « - Est-ce qu’il y a un système de collectage ? », se demande un participant.
« - Non, il n’y a pas de collectage, les syndicats envoient directement leurs archives au CHT ». 

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Christophe nous montre les affiches archivées.

Cette Visite des Coulisses nous a permis d’explorer un lieu unique dans Nantes, qui recèle entre ses murs toute l’histoire ouvrière et paysanne locale, ainsi que d’autres pépites. Le Centre d’Histoire du Travail à Nantes ouvre ses portes à toutes personnes intéressées par l’histoire sociale et politique, n’hésitez pas à aller le découvrir et demander des renseignements aux employés toujours prêts à vous accueillir !

Fanny, coordinatrice des Visites des Coulisses