On a visité les coulisses du Frac des Pays de la Loire

Le mercredi 9 décembre 2015, nous sommes partis à Carquefou, découvrir le Frac des Pays de la Loire et son exposition « Ouverture pour inventaire (2) », proposée jusqu’au 8 mai 2016.

Réflexion sur notre regard

Emmanuel, le documentaliste du Frac, nous a reçus pour nous donner un aperçu des différents livres présents dans la salle de documentation. Il nous a expliqué que les livres d’artistes permettent de nous interroger sur notre compréhension du regard. Nous avons notamment pu contempler le travail d’Anne Bertier, une auteure jeunesse, qui a créé 2 abécédaires un « blanc » et un « noir », en mélangeant les lettres et en rompant donc tout ordre logique dans la lecture. Elle souhaitait amener une réflexion entre l’ordre de la pensée et l’ordre de l’image, avec 3 niveaux de lecture : le négatif (blanc/noir), la lettre et le motif répété.

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Un autre travail qui nous a été présenté à été celui de Claude Closky, un artiste qui s’intéresse au langage, à sa logique et à sa profusion. Il a notamment conçu une série de livrets intitulés : « Tout ce que je peux avoir », « Tout ce que je peux être »… Dans ce dernier, il classe par ordre alphabétique tout ce qu’il peut être, le 1er mot est par exemple « abandonné ». Il a également produit un livret nommé « les 1000 premiers nombres classés par ordre alphabétique » : le 1er c’est « cent », le 2ème c’est « cent cinq », le 3ème « cent cinquante »... Emmanuel nous explique que cet artiste cherche comment l’habitude nous rattrape dans la logique. Il nous explique aussi qu’il faut apprendre à voir et que c’est un savoir qui se travaille comme d’autres.

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 « - Qu’est-ce que c’est ? », nous demande Emmanuel.
« - Un renard ? une chouette ?... un pantalon en coupe longitudinale ! » 

Pour terminer cette excellente présentation, Emmanuel a attiré notre regard sur le travail de Simon Starling, qui s’intéresse à l’idée de l’original et de la reproduction. Il a ainsi produit 2 ouvrages quasiment identiques, sauf que l’un est la maquette originale sans aucun contenu à l’intérieur et le second est le livre achevé sorti de l’imprimerie. Emmanuel nous explique que simplement avec la couverture nous pouvons deviner lequel est lequel. Bravo à Yulia qui a remarqué que l’étiquette sur la maquette était simplement collée et non photocopiée ! Pour voir il ne suffit pas seulement d’ouvrir les yeux, il faut également apprendre à regarder par le toucher.

Une exposition-inventaire

Ensuite Fanny, médiatrice culturelle au Frac, nous a présenté la structure et l’exposition en cours « Ouverture pour inventaire (2) ». Les Frac ont été créés dans les années 80 pour permettre de décentraliser la culture et rendre accessible l’art contemporain en région. Le Frac des Pays de la Loire comporte une collection de 1600 œuvres et acquiert entre 20 et 50 œuvres chaque année. Les expositions ne sont jamais permanentes, elles sont temporaires et circulent sur différents lieux d’exposition (chapelle, prison, hôpitaux...). La réserve en sous-sol comporte 600m² de surface de conservation : une réserve dessin, une réserve peinture et photographie et une réserve sculpture. Toutes ne sont pas soumises aux mêmes températures, degrés d’humidité et de lumière.

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L’exposition actuelle permet de sortir des œuvres des réserves et de réaliser donc des récolements. Cela est très utile pour compléter les informations connues sur les œuvres de la collection et juger de leur état de conservation.

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Nous avons déambulé dans la grande salle d’exposition où nous avons pu contempler plusieurs œuvres qui se faisaient écho entre elles.

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 « - Le sable fait partie de la réserve ? », demande un participant.
« - Non, le Frac ne garde pas en réserve ce type de matériel car cela pose un problème d’hygiène et de capacité de conservation. » 

Nous avons notamment pu observer l’œuvre de Claude Lévêque « La nuit » de 1984. Fanny nous explique que cet artiste s’intéresse à l’enfance et au passage à l’âge adulte. Il porte sa réflexion sur la mémoire et le souvenir, avec cette représentation d’enfants « disparus » auréolés de lumière. Cette œuvre est accompagnée par un bruitage qui donne une ambiance de forêt. L’éclair de lumière amené par le néon rouge de l’œuvre de Ttrioreau (au fond) accentue encore plus la sensation d’être dans la nuit.

Un problème de conservation s’est présenté avec les tipis, car ils étaient piqués avec le temps. Il a fallu les refaire et Claude Lévêque a été consulté pour savoir comment il souhaitait que les nouveaux tipis soient construits. Il a demandé à ce que les coutures ne soient pas très précises, la couturière a donc travaillé pour faire en sorte que l’on devine des coutures réalisées à la va vite et imparfaites. Un problème se posera également un jour pour les ampoules qui entourent les visages des enfants, car ce sont des ampoules des années 80 avec une luminosité bien particulière. Seulement aujourd’hui ce type d’ampoule a disparu du commerce et ne se retrouve que rarement. La solution envisagée actuellement serait de garder les coques des ampoules et d’y associer les ampoules récentes. Il faut respecter le travail de l’artiste au maximum et éviter toute transformation de l’œuvre qui pourrait changer l’intention de l’artiste.

Fanny nous raconte également que parfois la volonté de l’artiste est que son œuvre subisse les dommages du temps et disparaisse, ou bien il ne pense pas à la pérennité de l’œuvre. Le problème, c’est qu’une des missions du Frac est de prolonger et de conserver les œuvres pour leur postérité et ainsi garder une trace de ce patrimoine artistique.

Cette Visite des Coulisses a été très enrichissante et nous a éclairés sur notre façon de concevoir l’art contemporain et de travailler notre capacité à voir. Nous avons également pu découvrir tous les enjeux du recollement et des inventaires d’une collection aussi importante que celle du Frac des Pays de la Loire.

Fanny, coordinatrice des Visites des Coulisses