20 novembre

Plongée dans le journal de Sebastien Bosse, auteur de la tuerie du 20 novembre 2006 dans un lycée de la ville d’Emstetten en Allemagne.

Encore une pièce engagée soutenue par la salle Vasse.
Une oeuvre risquée dans une société en guerre.
Quand parler des raisons qui poussent à l’extrême est tabou.

L’attentat est aujourd’hui au centre du régime de la peur transmis par les médias ; il justifie les bombes, les armes chimiques, l’armée, le racisme et l’économie de la haine.
Ici on ne parle pas d’attentat, mais il fut un temps où un comédien pouvait pointer son arme en plastique sur le public.

D’un côté il faut désigner le coupable, idole du mal et de l’autre le corps social qui ne guérit de sa blessure que s’il comprend la montée de la violence.

Il est nécessaire de dénoncer le harcèlement, le discours pervers et culpabilisant, dénoncer les humiliations quotidiennes, l’attitude dominatrice d’un pan de la société, l’attitude conquérante d’une entreprise, et les années de colonisations par l’Europe et son travail acharné pour préserver toujours l’asservissement des sauvages et l’exploitation de leurs ressources.
Qu’ils ne sortent surtout pas la tête du sac ! ils pourraient trouver la force de se révolter.
Sauvages ! Sauvage est l’instinct, sauvage est l’énergie vitale créatrice, et sauvage est la colère qui s’est entassée pendant des siècles au fond d’un ventre. Les kamikazes sont des extrémistes instrumentalisés par des régimes radicaux à détruire. Point.
Tirez avant de parler.
Et fermez les frontières, qu’ils crèvent plutôt que de se souvenir. Si ceux que nous avons affamés survivent, ils pourraient nous en vouloir... à nous ! fiers défenseurs de la démocratie, du calendrier laïque (haha), de la liberté d’être heureux et du pouvoir d’achat. Voilà un détournement de la spiritualité des humains vers la religion de la science à l’église supermarché, au rayon voyages organisés.

Mais c’est justement l’opulence dégoulinante des 1% plus riches que les autres 99% et la fausse facilité offerte par la publicité, qui est une violente attaque à la dignité de celui qui n’a pas, qui ne peux pas avoir, qui n’auras jamais.
Celui qui n’est pas riche, blanc et cool, celui qui n’est pas "wasp", celui qui n’adhère pas à la productivité industrielle et voit dans le sur-emballage plastique d’un plat pré-cuisiné les monocultures de blé génétiquement transformé qui appauvrissent la terre, qui voit l’exploitation des paysans des pays sous-industrialisés, qui voient les villages de pêcheurs mourir et les océans se vider, ceux-là qui voient l’injustice, qui subissent les réflexions désobligeantes d’un patron frustré, ou d’un connard (comme n’importe qui) dont l’inconscient à été inondé d’images de femmes-objets, de fantasmes de pouvoir et d’argent, tous ceux-là subissent la société de consommation comme une agression. Rendez-vous compte, on chie dans l’eau potable !!!
Alors ?
Alors oui un attentat est impardonnable.
ET toute action d’une telle violence qu’elle provoque son auto-destruction plonge ses racines dans une souffrance également impardonnable.

On est dans la tête de Sebastien Bosse, jeune allemand de dix-huit ans, dans la réalité de blessures psychologiques profondes.
Pour saisir cette complexité la compagnie Alyopa passe du théâtre à la danse, en passant par la vidéo live, l’image animé, et construit une narration aux multiples entrées.

Auteur : Lars Noren
Mise en scène : Basile Yawanké
Avec : Sabrina Manach, Edith Manevy, Nathalie Retailleau, Audrey Tarpinian. Collaboration chorégraphique : Annabelle Loiseau
Scénographie : Sabine Algan
Création lumière : Raphaël Auger
Vidéo : Gabriel Arin Pillot
Création sonore : Christophe Baudouin

H.