à 3 on danse, 1… 2…

3 ! Ils sont trois chorégraphes, trois hommes, trois danseurs, trois nantais et ils se rassemblent pour Plateau (H) à Onyx, avec la volonté de faire découvrir leurs univers de danse contemporaine au plus grand nombre.

Voici le programme de ce mardi 15 novembre :

  • La première vague / Julien Grosvalet - Cie R14
  • The Flood / Brice Bernier - Collectif KLP 2
  • Pièce pour pièce / Laurent Cèbe - Des individualisé(e)s

Un spectacle avec trois créations différentes, comment faire le lien ? Peut-être que sous forme de charade, la réponse viendra :

Mon premier garde son visage dans l’obscurité. La scène est sobre, pas de pendrions, les coulisses et la machinerie du théâtre sont apparentes. Quelques ampoules lumineuses, ponctuelles, viennent sculpter des ombres sur ce décor mis à nu. Julien Grosvalet propose un dialogue avec la lumière, parfois en tant que point d’ancrage, parfois il s’en saisit littéralement et elle semble le submerger dans des mouvements fugaces. Lorsqu’il tourne autour d’un point lumineux, sa course se perpétue et évolue. Les ombres projetées, flashs et contre-jours, m’apparaissent comme des instantanés de sa course, tels les premières chronophotographies de Muybridge étudiant le mouvement. Je trouve le solo prometteur, il y a de belles pistes de travail et cela mériterait d’être approfondi.

Mon deuxième, Brice Bernier, a ce corps spectaculaire du danseur de popping, mêlé à la danse contemporaine. Avec des isolations précises de chacun de ses muscles, une souplesse étonnante, j’assiste à une sacrée performance. Ses passages au sol nous font perdre de vue qu’il s’agit d’un homme et il se transforme en insecte ou machine. Il se relève et je vois un robot esseulé, contraint au rythme joué en live par son camarade musicien, qui le pousse dans ses retranchements, jusqu’à la frénésie. Il s’agit d’improvisation, d’un processus de recherche qui est amené à se transformer, et j’ai apprécié cette invitation à suivre le duo dans leurs états présents.

Mon troisième est super content, il prépare son petit coin de paradis sur scène, un peu d’océan, un peu de nuages et des fleurs multicolores. Car, nous raconte Laurent Cèbe en s’adressant directement à la salle, il s’agit avant tout de son désir d’être sur scène, et d’une irrésistible envie de faire un spectacle, plutôt que danser seul dans son salon. S’ensuit des situations comiques, il faut absolument nous divertir, par exemple mourir comme dans les films. Des occasions rêvées comme faire une entrée majestueuse, et ridicule à la fois. Des besoins de reconnaissance, comme interpréter de la "belle danse". Je suis sous le charme, et une bonne partie du public aussi, très réceptif. Entre de nombreux rires, sa candeur me saisit par surprise.

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Mon tout est une soirée bien remplie, absolument stimulante. Les trois propositions sont généreuses et le lien avec le public s’est immédiatement instauré. L’idée au départ d’offrir des créations de danses contemporaines choisies pour leur accessibilité, dans un souci démocratique, est bien pensée. Car ce format de plusieurs pièces courtes qui s’enchainent, un peu comme un programme de courts-métrages, en plus de varier les plaisirs, permet de multiplier les portes d’entrées, d’aimer ou non, sans généraliser sur la danse contemporaine. Bravo, pari relevé !

David Piz