A Onyx, « Brûlent nos cœurs insoumis » retourne les sens

Quatre hommes se cherchent et se confrontent sur une composition originale d’Ibrahim Maalouf.

Le premier sens sollicité est l’ouïe. La scène est plongée dans le noir. Un air de trompette résonne.

Lumière.

Un homme se tient seul au milieu d’une scénographie minimaliste : un trapèze tracé à la craie blanche façon terrain de sport et trois portiques métalliques délimitent une sorte d’aire de jeu.

Scène noire.

Lumière.

Quatre danseurs maintenant évoluent à l’intérieur de ce terrain esquissé. Pantalons noirs et chemises indigo. Leurs silhouettes se découpent en noir sur la brume blanche qui s’étale sur la scène.

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@ Camille Duchemin

Brûlent nos cœurs insoumis débute ainsi en une succession de tableaux entrecoupés de noir. Les quatre hommes y apparaissent dans différentes positions. Quatre hommes, quatre frères ou quatre étrangers, quatre corps qui se cherchent et se confrontent sur une composition originale pour trompette et quartet à cordes d’Ibrahim Maalouf.

Cette création des frères Ben Aïm (compagnie CFB 451) est jouée au théâtre Onyx dans le cadre du festival Trajectoires dont la première édition se déroule du 20 au 28 janvier à Nantes. Ce festival « invite à se mettre en mouvement, au propre comme au figuré » selon Erika Hess, directrice déléguée du CCNN.

Les mouvements chorégraphiés expriment ici la fraternité et l’insoumission. Un danseur revêt un manteau et signifie qu’il part. Les autres le retiennent, lui enlèvent le manteau, cherchent à l’assoir sur une chaise, un combat éclate. Guillaume Poix signe l’écriture et la dramaturgie de cette pièce. Le fil narratif compose et décompose les liens entre les protagonistes. Les rôles s’inventent et s’échangent, les corps se jettent à corps perdu.

Jusqu’à présent les danseurs inscrivaient leur danse dans le tracé blanc. Les corps s’enhardissent désormais, ils passent en dehors des limites du terrain. Ils hésitent entre la similitude ou la différentiation. La scène est le terrain d’alliances, de ruptures, de soutiens et de conflits.

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© Laurent Philippe
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© Laurent Philippe

Soudain plus de musique, le silence remplie la salle.

Elle reprend de plus belle et les hommes se battent encore. En tombant, les danseurs effacent la craie, renversent les tabourets. Les limites s’évaporent, gagnent-ils leur liberté ? Un homme tombe mort, ces frères ou ennemis le trainent sur la scène, la craie s’étale de plus en plus, les frontières se brouillent.

La musique monte crescendo laissant pressentir un drame imminent.

Une table apparaît dans un coin de scène, au loin. Les protagonistes s’attablent et mangent goulûment.

Subitement du sable rouge tombe du plafond et s’écroule sur eux. Le sang et la brutalité s’imposent alors et inondent leur existence.

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© Laurent Philippe
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© Laurent Philippe

A partir de ce moment, on ressent nettement une délivrance à travers la danse des hommes, une volonté féroce d’insoumission.

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© Laurent Philippe

Dans un dernier arrêt sur image, on aperçoit les hommes danser ensemble comme des fous en pleine lumière sur une scène désordonnée, mélange de craie, de sable et de tabourets renversés.

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@ Camille Duchemin

La scénographie de Camille Duchemin toute en contraste comme le propos m’a particulièrement marquée. Le traitement de l’espace, l’usage de la lumière et la sollicitation des sens servent très pertinemment la dramaturgie.

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