A perfect day

Un film de Fernando León de Aranoa
Avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry
Projeté pendant le Festival du cinéma espagnol de Nantes

Tout commence dans l’ombre et le bruit. On entend le grincement de quelque chose que l’on hisse, mais on en sait pas bien quoi. On entend de l’eau qui coule, le soleil apparaît, le soleil disparaît, on ne distingue pas les formes qui s’agitent au dessus de nous.
Peu à peu on comprend que l’on est au fond d’un endroit sombre, la caméra est en contre plongée, au-dessus de nous est hissée une masse énorme : un corps est en train d’être sorti des eaux.
Deux hommes tentent désespérément de le tracter avec une voiture mais rien n’y fait, le moteur lâche et le corps revient s’écraser au fond du puits.
Bienvenue en 1995, en pleine guerre des Balkans.

Ce film au casting parfait aurait pu être un très bon film. Benicio Del Tero en leader ténébreux d’une ONG américaine, Tim Robbins en second désabusé et toujours prêt à rigoler et Mélanie Thierry en parfaite petite française débrouillarde et casse-cou, tenant tête aux militaires des Nations Unies.

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Abordant un thème peu commun, ce film très bien réalisé nous donne à voir le quotidien d’une ONG pendant la guerre des Balkans. Survolant des paysages à couper le souffle nous suivons l’aventure de trois personnes, trois volontaires qui s’engagent pour apporter un peu d’humanité dans des villages dévastés.
Pourtant, malgré tous ces éléments "A perfect day" reste un film au scénario banal. Trois personnes qui fuient leur réalité en donnant leur énergie dans un combat qui n’est pas le leur. On rit, on boit, on parle d’histoire d’amour... finalement on en ressort en ce disant qu’on a vu un film plutôt drôle, sur un sujet quand même triste, avec Benicio Del Toro.

Si le propos du film n’est pas de dénoncer ou de raconter la guerre des Balkans, pourquoi placer cette histoire dans un tel contexte ? Si le propos n’est pas de raconter ce qu’ont vécu ces personnes, pourquoi essayer de nous émouvoir avec des maisons brûlées et une femme pendue dans son jardin ? Si le but était de raconter la vie de ces personnes réunies sur le même combat pourquoi ne pas aller plus loin dans la psychologie des personnages ?
Ce film aurait pu dénoncer les dérives de l’humanitaire et la complexité des relations avec les Nations Unies.

Mais c’est que Fernando Léon de Aranoa ne nous présente pas un film sur la guerre des Balkans. Il nous présente un film plein d’humour. Et c’est là sa force : l’humour. Même dans une situation dramatique les personnages de Aranoa ne perdent pas pieds.

On peut reprocher à ce film de ne pas dénoncer la guerre, mais on ne peut pas lui reprocher les paysages filmés, l’alchimie du casting, le jeu des acteurs et les répliques imparables.
A perfect day reste un très bon moment de cinéma qui nous invite à nous interroger non pas sur l’humanitaire, mais sur notre humanité.

Jeanne