À table avec Rachmaninov

Au menu de ce jeudi 6 novembre à la Cité des Congrès de Nantes, le chef d’un soir de l’ONPL nous invite à la table de Rachmaninov pour une soirée romantique autour de deux plats principaux : le concerto n° 2 pour piano et la symphonie n° 2.

18 heures devant la Cité des congrès, encore un peu tôt pour dîner mais c’est l’eau à la bouche que je retrouve le reste des banqueteurs de L’Atelier.
Le menu de la soirée préparé par l’ ONPL « Symphonie sentimentale », avec le Concerto pour piano n°2 et la Symphonie n°2 est des plus alléchants. Ces deux œuvres de Rachmaninov, tout à la fois compositeur, chef d’orchestre et pianiste russe, écrites au tout début du XXème sont parmi les plus savoureuses du répertoire romantique. Interprétées par Patrick Davin, chef belge et directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse et Jorge Luis Prats au piano pour le Concerto n° 2, nous avons hâte de passer à table.

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Ingrédient n°1 : l’ONPL

Mais avant cela et en guise de mise en bouche, une visite des coulisses et une rencontre avec deux musiciens nous attendent et c’est sur le plateau, devant les pupitres encore vides des membres de l’orchestre, que nous prenons place. L’occasion pour nous, avant de le goûter en direct, d’en savoir un peu plus sur l’un des ingrédients principaux de la soirée : l’Orchestre National des Pays de la Loire.
Crée en 1971, il fait partie des huit orchestres nationaux et a la particularité d’être basé à Angers et à Nantes. N’ayant pas de salle de concert propre, il se produit dans divers espaces de la région comme ce soir à la Cité des Congrès de Nantes. Sa mission principale est la diffusion du répertoire symphonique, avec Rachmaninov au menu de ce jeudi 6 novembre.Une centaine de musiciens compose cette brigade et nous avons la chance de pouvoir rencontrer deux d’entre eux avant la représentation.

Ingrédient n°2 : des musiciens de talent

Rémi Vignet pour la flûte traversière et Alexandre Mege au hautbois se prêtent avec une sincère délectation au jeu des questions réponses. Tous deux sont tombés dedans quand ils étaient petits et ont suivi le parcours traditionnel des musiciens classiques, à savoir le Conservatoire national supérieur de musique, l’un à Paris, l’autre à Lyon. Pour intégrer ensuite un orchestre national, il n’y a pas de recette magique mais du travail et encore du travail. La sélection est rude et des candidats venus du monde entier se présentent à un concours où une épreuve peut ne durer que quelques secondes. Le temps pour les recalés de se voir signifier leur échec par le tintement d’une cruelle cloche.
Mais pour Rémi et Alexandre le verdict du jury, composé par des membres de l’orchestre, a été plus clément et après plusieurs essais dans d’autres formations, ils font partis aujourd’hui des benjamins de l’ONPL. Salariés à plein temps de l’institution, ils signent une clause d’exclusivité avec l’orchestre mais cela ne les empêche pas de jouer pour d’autres projets sur leur temps libre.
Mais alors que l’heure du dîner et de la représentation approche, une dernière question nous taraude, nos deux musiciens se sustentent-ils avant de monter sur scène ? Deux écoles se profilent alors, celle du Ventre-vide représentée par le hautbiste et celle du Ventre-plein suivie par le flutiste.
Pour nous, ce n’est pas encore l’heure de se mettre à table et une visite de l’arrière de la scène vient encore aiguiser notre appétit.

20h30 confortablement installés aux premiers rangs, nous sommes prêts à déguster la partition musicale du soir.

Une entrée pleine de saveur à la sauce cubaine

On commence par le Second Concerto pour piano que Rachmaninov a composée en 1901 après trois ans de dépression suite à l’échec de sa première symphonie. Cette oeuvre a au contraire connu un vif succès dès sa première représentation, et reste aujourd’hui la plus populaire du pianiste-compositeur. C’est que ce dialogue entre le soliste et l’orchestre, est empreint d’un lyrisme et d’une poésie d’une incroyable force et sensibilité. Composée de trois mouvements (lent-rapide-lent) il alterne douce mélodie et explosion instrumentale passionnelle, conférant à l’ensemble une grande puissance romantique.
Sous les mains du virtuose cubain les premières notes du Moderato, ou premier mouvement, s’élèvent crescendo telle une salve de cloches. On assiste alors à trente minutes de pur bonheur où violons, clarinette, hautbois, contrebasse, altos parviennent à transcrire la joie, le tourment ou l’apaisement. Le public semble s’être régalé car c’est un tonnerre d’applaudissements qui accueille les notes d’un final tonitruant. Il en va de même pour l’orchestre qui accompagne la sortie de son soliste par moult applaudissements tout en tapant le sol des pieds tandis que chef d’orchestre et pianiste s’étreignent amicalement. Et c’est pour notre plus grand bonheur, car loin d’être encore rassasié, que le soliste lui aussi visiblement heureux d’être là revient sur scène. Nous assistons alors à trois rappels, étonnants et réjouissants par leur rythme et leur entrain. Notes de flamenco, improvisation où le soliste se laisse aller à tambouriner sur le bois de son piano terminent de manière délicieuse cette première partie.

Un plat de 55 minutes de symphonie romantique

Suite à l’entracte qui a vu la scène se défaire de son piano, nous pouvons à présent savourer la Symphonie n°2, composée en 1907 par Rachmaninov et qui, contrairement à sa première, connu un vif succès lors de sa représentation, jamais démenti depuis.
C’est le chef belge, Patrick Davin qui est au commande de ces 55 minutes de symphonie qu’il interprète de tout son corps. Le visage très expressif, il s’adresse à ses violons avec de grands yeux et lance vers eux sa baguette d’une manière déterminée quand les élans de la musique l’exigent. Car celle ci, composée de quatre mouvements, oscille entre épisodes doux et calmes pour atteindre à d’autres moments des explosions graves et tragiques.Vivacité des violons, rondeur des hautbois, sonnerie des cuivre parfument majestueusement cette ode au romantisme.
Ainsi s’achève notre banquet musical, riche et savoureux sans jamais être indigeste

Julie L.