Ambrose Akinmusire - Jazz virtuose et cuivré pour soir d’automne animé

Tous les avis semblaient unanimes sur l’artiste programmé à l’affiche de ce mercredi soir d’octobre... "musicien en vue"..."talent rare"... J’avais un peu l’appréhension d’aller à un concert forcément "bon", mais qui pour pourrait ne pas me correspondre. - Du jazz actuel ? J’y connais pas vraiment grand-chose... Le blues, la soul, le jazz des origines oui, mais j’ai lâché le train en route, et je ne sais pas si je vais pouvoir regagner une place dans les wagons !?!

En attendant d’en savoir plus, je vais prendre place dans une salle comble, avec en tête une phrase d’Ambrose Akinmusire lue sur le programme : "[...]que l’esprit puisse s’exprimer à travers moi.".- Et en musique, ça se traduit comment ?!
Obscurité et ombre cuivrée du trompettiste, sur l’un des murs latéraux de la scène. Je suis happée par cette image décalée, où l’instrument semble plus grand que le musicien : lequel des deux s’exprime dès les premières minutes, alors que le cuivre parait couiner !?!
Déversement de sons, qui soufflent, sifflent ; grognent, grincent ; claquent et provoquent une intense transpiration sur scène. Du chaos à l’harmonie bien fragile, il n’y a que quelques notes qui les séparent, et mènent à la beauté. Elle pourrait être celle du monde mise en tableaux.

De l’agitation à l’apaisement. Puis le fracas. La musique produite est complexe, et pas toujours accessible. L’esprit ne parvient pas s’envoler, perturbé par cet enchevêtrement de notes nouvelles. Il est un peu engourdi, puis soudainement rappelé par la virtuosité des sonorités. Aussi difficile soit-elle à reconnaître, intuitivement, nous sommes tous capables d’identifier une oeuvre qui nous interpelle, qui nous déconcerte et nous pousse hors de nos "zones de confort".

Autour d’Ambrose Akinmusire, trois autres musiciens. Un pianiste, un contrebassiste, un batteur. Quatre univers autonomes qui filent chacun vers leur propre routine, et parfois se retrouvent pour transmettre une essence de beauté musicale.
Des tableaux avec leurs couleurs et luminosités personnelles, pour une palette d’expression d’émotions encore inconnues. Dame trompette semble parler. Finalement, je repense à la phrase du musicien : il est bien le médiateur d’un esprit vivant dans ce cuivre, au spectre très humain.

Effervescence des sens.
Contemplation ce tableau avec bande-son.
Décollage.

Mystérieuse sensation d’avoir voyagé à travers des décors chargés d’atmosphères variées, entre agitation urbaine d’une ville éclairée et bruyante, à la splendeur d’un paysage désertique et lunaire. Le tout sans bouger de mon siège !

Du bruit à la musique, seuls les doigts virtuoses nous y conduisent !
De ce monde nouveau à explorer, je garderai un œil certain sur le reste de la programmation de cette saison au Pannonica.

Ambrose Akinmusire, grand musicien, sait aussi s’entourer ! Le concert et le voyage pictural n’aurait pas été le même sans Justin Brown, le batteur, incroyable de constance, présence, et puissance.
So beautiful sounds !!