Amour dévorant et passion infernale au TU

Après un passage remarqué à l’Odéon-Théâtre de Paris, la pièce Les palmiers sauvages mis en scène par Séverine Chavrier, d’après le texte de William Faulkner était de passage au Théâtre Universitaire (TU) de Nantes.

Une mise en scène à la mesure de l’intrigue : sans concession

C’est une histoire d’amour qui aurait pu s’avérer banale : Charlotte quitte mari, enfants et confort bourgeois pour vivre une passion torride avec Harry, étudiant en médecine sans le sou et un brin ingénu. Et pourtant, elle, c’est une femme, une mère, une reine. Qui quitte tout pour vivre cet amour jusqu’à la déraison.
Ces deux êtres s’aiment jusqu’à se perdre, jusqu’à ce que l’amour meure et s’efface alors que la vie renait entre eux. Du sang, des larmes, des cris… la mise en scène n’épargne rien au spectateur qui se trouve plongé dans cette ardeur sans concession.
Le bruit de l’orage qui ouvre la pièce est comme un fil rouge qui jalonne le spectacle. C’est celui du coup de foudre qui deviendra mauvais présage, là où les sentiments ardents du début finiront par dévaler à leur tour la pente du quotidien.

Écrire, c’est hurler en silence.

Ce sont des mots doux, des chuchotements glissés ici et là qui témoignent d’un amour fou, comme il n’en existe que dans les livres.
En réalité, les protagonistes sont semblables à deux météores qui se percutent pour s’autodétruire. Car peu à peu, le vent noir et froid s’immisce dans leur vie, dans leur amour pour venir geler le feu de cette passion. Face à cette humeur noire qui les ronge, Harry se réfugie dans l’écriture. Mais cet échappatoire chancelant ne suffira pas à le sauver de cette lente descente.

Crack up

Si la montée en puissance de cet amour naissant est toute en justesse, la chute l’est moins. Trop rapide et brutale, Harry et Charlotte se perdent, nous perdent par des traits d’humour parfois approximatifs et redondants.
Pourtant, c’est une partition toute en émotions vives et plongées infernales que jouent les deux comédiens. Elle, c’est un bout de femme à la voix enfantine mais qui impose sa présence sensuelle sur le plateau. Lui, a la voix parfois hésitante, le dos légèrement voûté : on le croirait indécis et craintif alors que sa puissance se révèle au fil de l’intrigue. Autour d’eux, le métal des lits jouxte des montagnes de conserves, contrastant avec le moelleux des édredons et des matelas, à l’image de cette idylle à double tranchant, à la fois cocon doux et rassurant et vertige de glace et de violence.

Cette pièce c’est la rencontre entre l’utopie et le réel, la collision entre l’amour céleste et l’autodestruction infernale. On en sort abasourdi, hébété mais grandi par le pouvoir théâtral.

Anaïs C.