Argent pudeur et décadence : oui non oui :)

Dans la petite salle du nouveau théâtre de poche Graslin, ce jeudi 29 novembre, pour la première fois en ce lieu, s’est jouée une pièce intitulée argent pudeur et décadence. On comprend au titre que nous allons parler d’argent et de notre rapport à ce dernier. Un spectacle qui n’a pas l’air très drôle aux premiers abords… et pourtant l’énergie des 2 artistes sur scène a inondé l’audience et fait rire plus d’un.

Lors de la première scène, les 2 femmes arrivent sur scène, se posent respectivement à leur bureau et commencent une activité de trader. Elles achètent et vendent selon le cours des produits sur le marché pour faire de l’argent. Sans cesse, sans raison, sans logique jusqu’à une énorme affaire sur des céréales et notamment sur du riz qu’une de nos protagonistes achètent bas prix et revend à des asiatiques. Alors elle implose psychologiquement et entraîne toute la suite du spectacle.

Elle veut maintenant sauver le monde de la misère et mettre l’argent là où il devrait être utile. Elle imagine alors un plan de financement pour son idée et va à la banque afin d’obtenir un prêt de 20 millions qui lui permettrait de sauver le monde. Voici une scène excellemment bien écrite puis jouée de manière audacieuse par les 2 actrices. Un vrai régal ! Outre une flopée d’informations très utiles sur la création d’argent, sa valeur et le fonctionnement des prêts et finances (pour ceux n’ayant pas étudié l’économie c’est très utile), l’énergie développée par la paire et l’incongruité de certaines répliques ainsi que la folie de la mise en scène ont allumé une étincelle chez le public.
Cette étincelle à donner naissance à un joyeux feu de rires pour le reste du spectacle.

Toujours avec des notes d’humour, une scène sur l’accouchement et la dette avec laquelle naît un enfant aujourd’hui en France nous fait réaliser qu’avant même de venir au monde nous sommes piégés dans un système profondément ancré dans l’économie.

Il y a derrière ce spectacle un message fort sur notre conception du monde et sur l’impact qu’en a eu l’argent. Le constat y est fait que l’argent nous coupe des liens sociaux. En effet, lorsque l’on rend un service à quelqu’un si cette personne rembourse avec de l’argent, il n’y a plus de contrat moral avec cette personne et elle n’a pas de service à nous rendre en retour. Or ces liens ne sont-ils pas l’essence même d’une vie en communauté ?

Finalement, cette pièce aborde un sujet difficile à traiter, elle est parfois très amusante et parfois rébarbative par la somme d’informations qui nous est lancée.

Je tiens à saluer la belle performance de ces 2 belles artistes sur scène qui se démènent et méritent amplement les applaudissements de fin de spectacle.

Amaury Courtois