Au départ du Lieu Unique : embarquement pour la Chine

Soul Journey est un spectacle proposé par l’association musicale Siong Leng. Basée à Singapour, elle a été créée pour faire revivre la Nanyin, musique traditionnelle du sud-est de la Chine, classée au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

Le sens de l’accueil

A mon arrivée, je suis invitée à me faire rincer les mains : une jeune femme y verse de l’eau parfumée avec des pétales de fleurs tandis qu’une autre me tend de quoi les sécher. Ici commence le voyage. On me propose ensuite du thé traditionnel chinois servi dans de minuscules tasses blanches. Quel accueil ! Je suis déjà mise dans l’ambiance.

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Rituel du lavage des mains

En prologue au spectacle, on nous propose un autre récital : une jeune-femme est assise sur une estrade, devant elle est posé un long instrument à cordes pincées, le guzheng, et à côté, un petit récipient dans lequel brûle de l’encens. Le son est féerique. Je sirote mon thé tout en me laissant transporter par les notes et en me relaxant. Exactement ce qu’il me fallait ! Les gestes de la musicienne sont délicats, gracieux, elle semble caresser les cordes.

Un véritable voyage du corps et de l’esprit

Après une petite demi-heure, on nous invite à nous approcher de la salle où se déroulera le concert proprement dit. On nous distribue une pochette cartonnée beige en papier recyclé dans laquelle se trouve une plaquette de présentation du projet. Et puis, parmi les pages, se cache un long morceaux de ruban d’un beige doré transparent. Que signifie-t-il ? On nous expliquera une fois entrés en salle que les artistes nous proposeront de l’utiliser à un moment précis du spectacle pour nous bander les yeux et apprécier la musique plus profondément. Encore une jolie petite attention.
Les lumières s’éteignent, un musicien entre sur scène, puis deux, puis trois. Ils y seront jusqu’à 18 ! Certains s’assoient par terre en demi-cercle au milieu de la scène et d’autres forment un autre demi-cercle autour du premier, assis sur des chaises. L’ensemble est constitué d’instruments à cordes - traditionnels ou plus internationaux, comme le violoncelle-, de percussions - du gros tambour sur pieds positionné à l’horizontal aux toutes petites paires de lattes de bois que les musiciens frappent les unes contre les autres-, de flûtes et d’un clavier électrique, instrument dont l’esthétique et le son dénotent d’ailleurs avec le reste de l’ensemble. Quelques morceaux sont chantés et deux danseuses, vêtues d’un masque blanc sans expression, viendront même faire une apparition.
Les morceaux sont doux, reposants, emprunts de zénitude… A tel point que nous n’applaudissons pas entre les morceaux, de peur de rompre la magie et l’atmosphère de recueillement.

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Spectacle Soul Journey

Des artistes au service de la musique

Les musiciens sont tous vêtus de la même manière, très sobre : un haut beige et un pantalon noir. De même, leurs visages sont impassibles, comme s’ils cherchaient à s’effacer pour ne mettre en avant que la musique.
Le spectacle touche déjà à sa fin et les musiciens se retirent, aussi discrètement qu’ils étaient entrés. Nous applaudissons, ils reviennent, nous apercevons sur leur visage l’ombre d’un sourire, ils saluent, ressortent. Nous continuons à applaudir, en redemandons, les musiciens reviennent, avec, cette fois, de francs sourires sur les lèvres, et nous offrent un dernier morceau. A contre cœur, nous devons sortir de la salle. Nous y retrouvons l’équipe artistique qui est de nouveau là pour nous accueillir. Une personne me propose d’essayer un instrument, les lamelles de bois, le plus basique mais justement celui qui m’a le plus intriguée pendant le spectacle de par la rapidité avec laquelle les artistes réussissaient à le manier. Évidemment, je n’y parviens pas… Il me faudra encore un peu d’entraînement… et sûrement m’inspirer de la délicatesse et de la zénitude de ces artistes venus d’ailleurs...

Maud Boivin