Augustin, trouvera-t-il un oui ou un non ?

Dans l’antre du cyclope

En poussant les portes du 82 Rue Maréchal Joffre, demeure du Cyclope, on peut découvrir un lieu charmant et convivial animé par équipe chaleureuse, contraste saisissant avec la grisaille, le vent glacial et la pluie ardente qui s’abattent sur Nantes lors d’un dimanche d’hiver.

Les spectateurs viennent un à un se réfugier dans le cocon du Cyclope, accueillis avec sympathie et un sourire qui réchauffe instantanément les corps meurtris et détrempés.
Nous sommes une quinzaine au total. Discussions courtoises entre petits groupes d’amis et de familles.

Une entrée fracassante
Dans le hall, Raphaël Magnin qui incarne Augustin fait son apparition. Il semble désemparé et hébété. Il se plaint et proteste. Affolé, il court en tous sens, murmure des paroles incompréhensibles au technicien lumière. Quelques mots s’échappent de leur discussion... On peut pressentir un problème technique de taille.
Il est 17h00 passé de 5 minutes. On nous invite à rentrer en salle. Lumière tamisée et douce, fauteuils en velours confortables. Pendant que l’on assiste à la présentation du spectacle, Augustin court, s’agite, s’affole toujours. Il disparaît et réapparaît, désespéré.
Le cadre est fixé : Augustin qui n’a pas de nom de famille n’aura pas de décor non plus.

Quel serait le nom d’Augustin ?

À travers les textes de Molière Augustin cherche sa place. Personnage inexistant dans la bibliographie de Son auteur, comme il aime l’appeler, il nous invite à le suivre dans sa quête d’identité.
Quels seraient son rôle et ses traits de caractères et surtout quel serait son nom ?

Augustin, l’homme de ménage ?
N’ayant pas retrouvé son décor pour cause d’inexistence littéraire, Augustin utilise un chariot de lavage. Balais, balayettes, balais-serpillières seront ses personnages, chariot, pelles et sceaux ses éléments de décors et, torchons, serpillières et sacs poubelles ses accessoires.
Le décalage entre le décor ménager, le langage actuel et l’univers de Molière donne lieu a des situations burlesques. Le décor ridicule et désincarné, nous ramène également à la triste réalité d’Augustin, qui n’est ni marchand ni gentilhomme du 17ème, il n’existe pas. Un remue-ménage qui fonctionne bien en définitive.

Augustin, l’énergique ?
Raphaël Magnin qui interprète Augustin sans Nom, déborde d’énergie. Acteur dynamique, il court, bondit, tombe, se relève. Il investit ses personnages, les fait vivre et vibrer par ses jeux de voix et son engagement. La scène est emplie par sa seule présence.

Augustin, l’écrivain ?
Il est intéressant de noter que le spectateur a son rôle à jouer, qu’il est invité à s’impliquer physiquement à plusieurs reprises.
De manière plus globale, l’écriture du spectacle fonctionne si on aime les situations burlesques, l’humour proche de celui d’un One-man-show. En effet, les blagues sont nombreuses mais tout comme les chutes, elles sont prévisibles. Les traits des personnages sont grossis à l’extrême et l’on se noie un peu dans cet excès de comique de caractère. L’humour est celui de la blague facile, du comique de situation : plutôt grossier et provocant. Ce spectacle me semble dépourvu de poésie, il n’explore la palette de sentiments et ne joue pas sur la corde sensible.

Augustin en somme ?

Un bon moment avec Raphaël Magnin, comédien d’une grande puissance qui donne tout, ne se ménage pas mais nuancé par une écriture qui selon moi, manque un peu de poésie et de sensibilité.

Léa C.