Avis de tempête au Nouveau Pavillon

Les prévisions météorologiques annonçaient un tsunami ; la tempête s’est finalement révélée plus clémente mais non moins intrigante pour cette soirée de novembre au Nouveau Pavillon.
De belles découvertes réjouissantes et déroutantes, pour conclure en beauté une longue journée d’automne.

Malgré une programmation originale et alléchante, je n’avais encore jamais mis les pieds au Nouveau Pavillon à Bouguenais avant ce jeudi 20 novembre.
Au programme : un concert de 2 groupes de musique traditionnelle – La Clèda et D’en Haut, suivi d‘un bal animé par le 1er groupe. Une soirée qui s’annonçait déjantée, du moins c’est ainsi qu’elle nous avait été présentée au lancement de la nouvelle saison en septembre dernier.
Je m’attendais donc à voir la musique traditionnelle remuée de fortes bourrasques, et le terroir voler en éclat !

Orage d’été en plein novembre avec La Clèda

Ils sont 4 jeunes hommes originaires du Béarn, de l’Auvergne, du Limousin et des Cévennes et ont choisi pour lieu de rendez-vous un ancien séchoir à châtaignes : La Clèda !
Ils ont en main d’étranges instruments : un tambourin à cordes qui ressemble à une tour de château, une vielle à roue qui fait un peu mal à la tête, une cornemuse et un violon.

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La Clèda
4 garçons à l’énergie joyeuse

Dès les premières notes, la température monte et emplit l’air d’une moiteur joyeuse qui rappelle les minutes qui suivent une forte averse orageuse d’été.
La chaleur qui émane du sol nous fait respirer le terroir à plein poumons ; les chansons aux phrases qui se répètent, entonnées par la voix volontairement chevrotante du chanteur, donnent vie à une belle endormie ou à un roi menant sa douce sur l’eau. Le chanteur, tout en force et en énergie, s’affaire sur son tambourin et communique son entrain à toute la salle.

L’odeur de terre humide me met d’humeur nostalgique, et c’est là que les souvenirs affluent ! Je revois tout à coup mon instituteur de CE2 se balançant d’un pied à l’autre sur l’estrade de la classe, chantant « reboule, reboule, la charretée d’mottes est reboulée, les mottes sont toutes vasouzeeeuuuu » ; puis voici les nains envahissant le garde-manger de Bilbo le Hobbit, clamant d’une seule voix les chansons de leurs aïeux… et je dois l’avouer, l’orage d’été ravive en moi l’adolescente groupie : me reviens une scène de Titanic, au cours de laquelle Jack-Léo met le feu à la piste sur fond de musique irlandaise et parvient à per-cho la candide Rose.
Parce que les souvenirs ne se maîtrisent pas, les connaisseurs me pardonneront ces raccourcis qui leurs piquent probablement les yeux et les oreilles…

Brume neigeuse avec D’en Haut

Après la pause, changement de climat ! Le vent est tombé, le thermomètre a chuté, et l’atmosphère se fait brumeuse, comme en suspend : le temps est à la neige.
2 jeunes garçons ont pris place sur scène, au milieu d’une construction faite d’instruments dont l’étrangeté n’a rien à envier au groupe précédent. L’un d’eux ressemble à un cartable bizarre mélangé à un accordéon – la shruti box.

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D’en Haut
Concentration et précision pour les 2 acolytes D’en Haut

C’est dans cette atmosphère ouatée qu’ils frappent ici et là avec une parfaite maîtrise, leur donnant l’air de 2 DJ concentrés sur leur table de mixage. Les chants gascons qui accompagnent ces sons soigneusement travaillés sont entonnés d’une voix claire, aux accents presque féminins. Ils évoquent les grandes et petites guerres, des histoires de rivalités entre vallées, d’amour et d’exploits chevaleresques.
De vastes et rudes paysages se dessinent, peuplés d’être héroïques et communs à la fois. Perceval et ses 3 gouttes de sang dans la neige ne sont pas très loin (ça, c’était pour me rattraper de l’allusion à Titanic !). C’est probablement ainsi que naissent les légendes !

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La shruti box
Une boîte à musique des plus étranges

Entre tradition et modernité, il y a du talent et de la poésie dans tout ça.
Comme après une tempête de neige, les spectateurs, mi-désorientés mi fascinés, attendent le retour du calme pour venir voir de plus près à quoi ressemblent les instruments bizarres, responsables du spectacle qui s’est joué sous leurs yeux.

Le mariage heureux du chaud et du froid

D’après les visages épanouis des autres spectateurs, j’en conclus que les variations climatiques ne les ont ni refroidis ni échaudés.
Elles ont plutôt l’air d’avoir mis tout le monde d’accord, trentenaires à l’allure bobo et cinquantenaires ébouriffés. C’est ça, l’effet tempête !
Puis place au bal avec le retour de La Clèda. Jeudi soir et longue réunion de la matinée obligent, je m’éclipse avant de voir si la température est parvenue à décoller les spectateurs des murs. Si la soirée s’est enflammée, l’article ne le dit pas…

AR