B.Traven, l’anonymat comme révolte face à l’impérialisme

"Si on se sent obligé de hurler : " Nous sommes un peuple d’hommes libres ! ", c’est uniquement pour dissimuler le fait que la liberté est déjà fichue"

Célèbre auteur pour son engagement politique mais surtout pour avoir réussi à cacher son identité, au point que sa vie reste encore un mystère aujourd’hui sous bien des aspects, la pièce cherche à élucider cette énigme par une fiction énergique, aux chronologies multiples. A travers différentes histoires, dans différentes époques, le metteur en scène et auteur Frédéric Sonntag traduit le combat et les idées de B.Traven dans différents moments de l’histoire, mettant en résonance des problématiques de son époque avec les nôtres : la recherche de l’anonymat pour être libre. Si de nos jours, l’anonymat devient quasiment impossible avec le développement d’internet, la pièce défend cette attitude face à une société trop curieuse, où la consommation de masse nous empêche de prendre du recul dans un monde où la solitude et le détachement de son individualité devient quasiment impossible. Cette idée, B.Traven l’a défendue toute sa vie à travers ses écrits, et la pièce nous fait sentir l’intemporalité de sa vision du monde.

Par une mise en scène dynamique et par une performance poignante des acteurs, les deux heures quarante ne se font pas sentir, et on s’attache à tous ces personnages, d’époques différentes mais dont le combat reste le même : dénoncer l’impérialisme américain et ses ravages, avertir du danger qu’est la perte de notre anonymat. L’histoire fictive est mêlée à des personnages et des moments historiques, si bien qu’on ne sait plus discerner ce qui relève du fait ou de l’invention, créant un intérêt chez le spectateur curieux qui croit apprendre tout en restant conscient que cela est fictif.

Touchante, drôle, historique et engagée, la pièce nous fait ressentir toutes ces émotions en quelques heures : on passe du rire au danger de mort d’un changement de décors, de l’engagement profond à la blague légère. Tout cela accompagné par un groupe qui s’occupe de manière excellente de la mise en son du spectacle et qui propose des interludes musicales, donnant encore plus de profondeur à ce tableau historique.

Si vous n’êtes toujours pas convaincu qu’il faut voir ou au minimum lire cette pièce, ces quelques mots donnent le ton de l’intriguant B.Traven, que vous découvrirez durant la représentation : « La biographie d’un créateur n’a absolument aucune importance. Si l’auteur ne peut être identifié par son œuvre, c’est que celle-ci, comme lui-même, ne valent rien. »