B.Traven, l’inconnu aux trente surnoms

"Je suis plus libre que n’importe qui , je suis libre de choisir les parents que je veux, la patrie que je veux, l’âge que je veux" B.Traven

"Je suis plus libre que n’importe qui, je suis libre de choisir les parents que je veux, la patrie que je veux, l’âge que je veux ». Voilà comment présenter simplement ce mystérieux auteur anarchiste qu’est B.Traven. Un homme rempli de mystère et dont l’identité n’est aujourd’hui pas encore certaine. La pièce se déroule sur plusieurs époques à travers le vingtième siècle. Le spectateur rencontre des personnages historiques comme le révolutionnaire Trotsky ou le scénariste Dalton Trumbo, et fictifs comme Glenda, une journaliste férue de scoops, et Alex, une cinéphile anarchiste qui vit dans un squat parisien des années 1990. Le mélange entre personnages fictifs et historiques rend le spectateur perplexe et intrigué, il n’arrive pas à démêler la réalité de la création artistique, ce qui le plonge totalement dans la pièce. Le spectateur voyage à travers les époques, guidé par des changements de décors, les personnages et l’utilisation de la projection vidéo qui donne à la pièce une dimension cinématographique très agréable. La profondeur de la scène, liée à son découpage avec des rideaux et l’écran de projection, pousse le spectateur à se demander ce qui est projeté ou non, ce qui peut quelque peu surprendre lorsqu’un comédien sort de derrière le rideau transparent alors que le spectateur est persuadé qu’il s’agit d’une projection. Le décor simple mais extrêmement réaliste (imitation de meubles d’époques notamment) est employé à merveille. Il sert une pièce, qui par ses enjeux et ses critiques, ne laisse pas le spectateur de marbre lorsque celle-ci se termine.

En effet, cette pièce se positionne totalement comme critique du système capitaliste et de ses dérives. Il est question des excès des Etats-Unis au Mexique notamment, et de l’exploitation par Coca-Cola des indiens de la région du Chiapas, que B.Traven a rejoint dans les années 1940 et sur lesquels il s’est basé pour rédiger une grande partie de ses ouvrages. La pièce dénonce également l’hyper-connectivité du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, où il semble impossible de devenir comme Traven, un inconnu dont on ne connait pas l’identité. En réalité, si Traven souhaitait garder son anonymat, c’est avant tout pour que ses lecteurs le découvrent uniquement à travers ses œuvres et ses idées, et non pas pour qui il était lui, réellement. C’est par l’intermédiaire de cet auteur de l’ombre que F. Sonntag dénonce une réalité sociale et humaine des sociétés mondialisées, en dénonçant un nombre important d’injustices liées au capitalisme. La pièce traite de nombreux autres sujets comme l’engagement en littérature, la liberté d’opinion et de réunion, la réalité d’une partie de la jeunesse dans les années 1990, qui est encore d’actualité aujourd’hui, ou encore la manipulation d’informations par les Etats. La richesse de cette pièce et les critiques qu’elle apporte place le spectateur dans une situation de remise en question par rapport au monde dans lequel il évolue.

Ainsi, la pièce B.Traven est une pièce engagée, critique de la société moderne. En présentant une version possible de la vie d’un mystérieux auteur anarchiste engagé, Frédéric Sonntag élabore le tableau des sociétés mondialisées actuelles et invite le spectateur à remettre en question le système dans lequel il vit. Cette pièce est d’un humanisme puissant, humanisme qui se perd aujourd’hui dans notre société moderne, ce qui satisfait le spectateur pendant ces presque trois heures de représentation. Elle peut faire naître des émotions différentes chez le spectateur allant du rire au sentiment d’injustice, voir à une forme de révolte intérieure. Le spectateur sursaute pendant cette pièce pleine de rebondissements et pleine d’actions, il est tenu en haleine pendant toute la durée de la représentation, il ne s’ennuie jamais. Traven apparaît comme l’axe structurant de la pièce, que le spectateur découvre non pas à travers l’homme qu’il était mais à travers ses idées.

"Mes œuvres ont de l’importance, moi, je n’en ai pas" B.Traven

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A mon humble avis, il est appréciable pour les spectateurs de connaître un minimum le contexte historique des années 1950-1960 aux Etats-Unis et l’histoire de Trotsky et du communisme pour bien comprendre la pièce, bien que l’absence de ces connaissances n’empêchent en aucun cas le spectateur de passer un moment fort agréable.