Babel, retour aux origines

En ce mois de novembre, le TNT accueille « Babel », un spectacle basé sur la manipulation d’objets. Le conteur, Marc Buléon, nous propose de revisiter ce récit mythique à l’aide d’objets de sa création : fins cordages emmêlés, fils de fer rouillés, petits bonhommes sculptés dans le cuivre… Le décor est plutôt simple : une sorte de grande table de tapissier qui servira de support à l’histoire qui va se jouer devant nos yeux et un grand drap blanc pour projeter les ombres chinoises.

La mise en scène d’un récit biblique
Marc Buléon retourne aux origines de l’Homme, à Adam et Eve, pour nous conter la fabuleuse histoire de la Tour de Babel. Après avoir survécu au courroux de Dieu lors du Déluge, une poignée d’hommes et de femmes fondent de nouvelles tribus, chacune ignorant l’existence de l’autre. Un jour un homme, Nemrod, autoproclamé roi, parvient à réunir ces différents peuples autour d’un projet commun : la construction de la tour la plus grande du monde qui leur permettra de se mettre à l’abri des foudres de Dieu. Si l’enthousiasme est au départ général, il va très vite laisser place au désespoir à mesure que la folie de Nemrod s’accroît. Eternel insatisfait, il n’a cure des morts et force son peuple à travailler toujours plus dur. Les hommes en ont même oublié les mots et les gestes qui les différenciaient des simples animaux, ils ne sont plus que des esclaves à la solde de ce tyran. Puis, vient la révolte. Le roi est renversé et les hommes comprennent que cette tour n’était qu’une utopie et que jamais ils n’auraient pu parvenir à atteindre les nuages. Les survivants reconstruisent alors de nouvelles tribus. Un éternel recommencement…

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© Marc Buléon

Poésie vs humour
L’histoire est belle et c’était donc pleine d’espoir que je me rendais à ce spectacle qui m’intriguait énormément et dont j’attendais beaucoup : un conte fondé sur un récit mythique, animé par de multiples petits objets. Un rêve éveillé en somme. Malheureusement, et ce dès le début du spectacle, le ton est donné, Marc Buléon sera omniprésent. Baragouinant des langages inventés ou réels mais provenant d’un autre âge, il donne vie à ses personnages. Peut-être un peu trop. En effet, il a pris le parti d’adopter le ton humoristique, effaçant ainsi le côté poétique et féerique que j’attendais. Ses créations (la Tour, les personnages, les décors) manquent à mon sens d’aboutissement. Ils sont très simples : simples fils de fer enlacés avec quelques accessoires pour les différencier des uns des autres. Même chose pour les mécanismes qui donnent vie à ce spectacle et qui se résument à de simples cordelettes. De nombreuses améliorations auraient pu être possibles pour rendre ce récit plus spectaculaire et moins mécanique. Surtout, c’est le côté one man show de Marc Buléon qui m’a déçue. Lorsque celui-ci adoptait la voix douce et posée du conteur, je me laissais transporter dans le récit mais était brutalement rappelée à la réalité lorsqu’il adoptait le ton de l’humour. Dommage donc.

« Babel » est un spectacle qui ne laisse pas indifférent et que je vous invite tout de même à découvrir. Il ne manquait pas grand-chose, sûrement un peu de travail de conception, pour en faire le spectacle merveilleux auquel je m’attendais.

Clémence