Bachar Mar Khalife et Faraj Suleiman m’ont emmené à la Soufflerie

Retour sur une soirée surprenante.

19 h 00, 6 Mars 2019 : Mais qu’est-ce qui m’a pris ? Lorsque je me suis inscrit à ce concert, j’étais plein de bonne conscience et me voulait curieux de tout, ouvert à des choses qui me sont inconnues. J’étais là pour découvrir des œuvres que je ne serais pas allé voir autrement, de la musique classique, du théâtre d’auteur. Alors je me suis inscrit à ce concert de jazz – style musical dont je connais peu de choses, si ce n’est qu’on l’écoute en se concentrant très fort et en prenant un air sérieux. Quoique pour celui-ci, il était écrit « Jazz/musique du monde ».

19h17 : On est mercredi soir, il pleut, je suis fatigué, je dois me rendre à la Soufflerie à vélo sous la pluie, pour assister à un concert de jazz où toutes les places sont debout– alors que ça s’écoute dans un fauteuil de salon en buvant un alcool cher, tout le monde sait ça. J’ai autant envie de m’y rendre que de nettoyer la litière de mon chat un matin avant de partir travailler.

19h55 : J’ai fini mon repas, il y a de la buée à la fenêtre de la cuisine mais j’entends qu’il pleut toujours un peu dehors. Va falloir se motiver.

20h04 : Je suis dans le garage de l’immeuble et j’attrape mon vélo. Je me demande « C’est quoi le pire : aller à ce spectacle ou faire un covoiturage Nantes-Toulouse avec un conducteur qui écoute de la hardtek ? »

20h25 : Je laisse mes questionnement philosophiques inachevés alors que j’arrive à la salle. J’ai évité la pluie qui recommence à tomber drue. Une fois passée la billetterie, je tombe sur un vernissage d’une exposition dans le hall de la salle. Des dessins aux traits noirs sur papier blanc. Les personnes présentes sont de tous âges, on trouve même quelques visages qui paraissent sortis d’un lycée.

20h35 : Je rentre dans la salle, où les spectateurs commencent à affluer. Donc on est bien debout et tout le monde a l’air de trouver ça normal. Je me poste sur le bord, contre un mur. Il s’agit de pouvoir se reposer de temps en temps.

20h42 : Faraj Suleiman s’installe devant son piano alors que les lumières se focalisent sur lui, elles éteignent le reste de la scène. Il pose à coté de lui ce qui ressemble à une pinte de bière, elle se videra peu à peu pendant son concert. Les applaudissement s’estompent et il salue le public, puis il sème quelques notes sur son clavier, enchaîne ensuite les mélodie, et un phénomène se produit. Quand sa main gauche égrène des accords sur un tempo lent, sa main droite danse et tourne dans les aiguës, tout en nuances. La musique qui en ressort fait apparaître un sentiment curieux, elle efface le monde qui vous entoure et vous emmène dans un lieu reculé. Une sorte d’oasis entre les dunes. C’est l’inconnu mais c’est bon.
La présentation du concert indiquait que Faraj Suleiman, pianiste palestinien, mélange le jazz aux musiques orientales. Il créé des mélodies sur des bases a priori éloignées, qu’on pense ne jamais voir se rencontrer. Mais de ses influences il tire bien plus qu’une simple addition. Il les assemble pour créer quelque chose de différent, il ouvre un horizon et vous emmène ailleurs.

21h50 : Les applaudissements sont fournis. Chez moi, ils sont à la mesure de la surprise créée par la musique de ce pianiste. La première partie se termine, et la salle se rallume. Les techniciens s’activent sur la scène qui elle, est dans l’obscurité. On déplace le piano, installe un second clavier, une guitare et son support sont posés sur la scène.

21h55 : Les lumières s’éteignent une seconde fois. Un homme arrive sur scène, carrure imposante, coiffé d’un chapeau à large bords qui accentue l’ombre sur son visage. Il s’assied face au piano, un clavier de synthétiseur placé à sa gauche. Il est ensuite rejoint par un violoncelliste, un batteur, et un bassiste. Le public réagit et accueille dans les applaudissements l’artiste de la soirée.

21h57 : La musique démarre, le batteur lance un beat disco alors que Bachar Mar Khalifé joue au piano. Au cours de ce concert, les musiciens nous emmèneront du coté du jazz, du dub, de l’électro.

22h15 : Je tente de me décoller du mur alors que la foule devient compacte et me ramène vers celui-ci. De temps-à-autres, je regarde autour de moi. Il y a des personnes de tous âges, des gens venus en couple, entre copains, ou seuls. Une bonne partie du public danse, ou se dandine sur le peu de surface qu’il lui reste. La température est montée.

22h20 : Bachar Mar Khalifé impressionne : une main sur chacun de ses claviers, il fait jaillir une musique à la fois très élaborée et très festive. Son synthétiseur me fait penser à Omar Souleymane, il en sort un son très électronique entre la kermesse et la transe.

23h15 : Le concert se termine et la salle se vide peu à peu. Je remonte sur mon vélo alors que l’averse n’a pas encore repris, elle attendra encore vingt minutes. Je me suis finalement laissé surprendre par cette soirée, qui était d’autant plus agréable.