Balanescu Quartet : le quatuor d’archet à la fois classique, traditionnel et électronique

Dimanche 12 Janvier à 19h00 au Lieu unique ; Alexandre Balanescu avec Nick Holland au violoncelle, James Shenton au violon et Katie Wilkinson au alto, autrement dit le Balanescu Quartet, nous ont offert le dernier concert de leur tournée française, Tournée Anniversaire. Le concert a été organisé comme une rétrospective musicale de leur carrière, avec les albums " Luminitza", "Maria T." et "Possessed".

Luminitza « la petite lumière » d’espoir pour l’avenir : mélange de musique traditionnelle et de minimalisme

La première partie du concert s’ouvre avec des morceaux extraits de "Luminitza"(1994), projet musical né en Roumanie lorsqu’Alexander Balanescu était de retour d’Israël, où il fut contraint d’émigrer avec toute sa famille à cause de la dictature de Ceausescu en 1969. Ce retour au pays dans les années 90 marque une redécouverte des sons traditionnels de sa terre natale, qui se mélangent avec les influences de la musique d’avant-garde acquise à Londres (Trinity School), à New York (Juilliard School) et enrichies de notes expérimentales, résultat de collaborations avec Michael Nyman (père du minimalisme) ou avec Gaving Bryars (contrebassiste anglais post-minimaliste) et enfin de son expérience avec le Quatuor Arditti.
Deux violons, un violoncelle et un alto reproduisent des mélodies classiques mais d’une façon expérimentale. Les archets des quatre musiciens glissent vite sur les violons et l’alto, celui du violoncelle est souvent battu sur les cordes reproduisant des sons aigües, réitérés, répétitifs qui rappellent les sons des synthétiseurs de la musique électronique.
L’énergie de East nous amène instantanément dans une petite ruelle de Bucarest où Alexander Balanescu est le personnage idéal avec son violon, son costume et son chapeau, ne trahissant pas l’image que l’on peut avoir d’un musicien des pays de l’est. Juste après, une mélodie lente et délicate, Mother, morceau dédié aux femmes. Ensuite, Balanescu laisse son violon, prend le micro pour énumérer les dates qui ont marqué l’histoire de son pays et de l’Europe dans un morceau plus engagé, Revolution. Enfin, Luminitza qui en roumain signifie « petite lumière » -d’espoir pour l’avenir- comme Balanescu affirme. Luminitza, composé en quatre mouvements très énergiques avec un rythme qui va crescendo, un dialogue d’aller-retour de sons entre violons, violoncelle et alto qui fait, sans doute, naître une lumière d’espoir dans nos esprits aussi.

Les retours aux origines : hommage à Maria Tanase, l’Edith Piaf de Bucarest.

La deuxième partie du concert est dédiée à la célèbre chanteuse de musique populaire roumaine, Maria Tanase, considérée comme l’Edith Piaf de Bucarest. Balanescu lui a consacré un projet plus complexe qui a permis la réalisation d’un spectacle multimédia ainsi que la conception du disque en question, MariaT.. Dans cet hommage à la chanteuse roumaine, Balanescu compose la musique sur la base des morceaux de Maria Tanase en introduisant parfois des extraits enregistrés de sa voix. Les morceaux issus de ce disque s’éloignent des originaux tout en conservant l’expression de différents états d’âme. Par exemple, l’esprit tragique de Life and Death (reprise de Lume Lume de Maria Tanase) ou la mélancolie et la légèreté d’Aria, sont des morceaux qui touchent un large registre d’émotions, digne de ceux des chansons de Maria Tanase.

Recherche de modernité : Balanescu Quartet et Kraftwerk

La troisième partie du concert est en effet la partie la plus attendue : celle des morceaux des Kraftwerk (Model, Computer Love, Robots, Pocket Calculator) réarrangés par le quatuor dans l’album du 1992, Possessed (avec la collaboration de David Byrne, Hangin’ Upside Down), auxquels s’ajoutent deux morceaux originaux de l’ensemble. Les Kraftwerk, groupe de musique pop électro allemand des années 70 ont le mérite d’avoir inventé une nouvelle manière de faire de la musique électronique et de l’avoir rendue populaire. Balanescu de son côté vient d’une formation classique. Sa plus grande valeur a été de rendre la musique classique plus accessible et donc plus populaire.
Avec Possessed, le Balanescu Quartet accomplit sa recherche de modernité et crée des morceaux qui restent en tête et que l’on a envie d’écouter en boucle. C’est le cas de la belle mélodie un peu berçante de Model qui fait tout de suite virevolter les esprits dans un espace de rêve. Model est joué deux fois, ouvre et ferme cette dernière partie du concert et s’affirme comme une sorte de bande-son, dont le côté cinématographique aurait probablement pu plaire au réalisateur chinois Wong-Kar Wai, pour plonger ses personnages insaisissables dans ses histoires suspendues et sans temporalité, comme pourraient l’être celles des chansons de cet album décidément très réussi.

Manuela Biclungo