Bill Plympton fait des étincelles avec "Les amants électriques"

Au pays de Walt Disney et de ses productions calibrées pour les gosses, un village résiste encore – et toujours – à l’envahisseur. Ce village, c’est Plymptoons, le micro-studio de Bill Plympton, dessinateur de B.D. et réalisateur de films d’animation. Quelques coloristes et monteurs s’y emploient en sa compagnie à donner vie à un univers complètement foutraque et déjanté, dans lequel corps, matière et perspective élastiques se tordent à l’envie sous le crayon tout-puissant du dessinateur.

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Les amants électriques, le dernier long-métrage du réalisateur, est passé au Cinématographe début mai. Sous son histoire somme toute banale – Ella rencontre Jake, coup de foudre, une autre femme veut obtenir les faveurs de Jake et va jeter un sacré bordel dans ce joli couple - donne un bel aperçu de sa palette graphique et de sa conception du film d’animation. A quoi bon employer l’animation si c’est pour être réaliste ?

Chez Plympton, le dessin, proche de la caricature, est apparent et semble se réaliser sous nos yeux. Les décors frémissent sur le papier de l’image, les arbres ondulent, tous les plans sont animés d’un mouvement qui, dès qu’il concerne les personnages, devient positivement cartoonesque.

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Silhouettes déformées, personnages élastiques, perspectives malmenées jusqu’au point de rupture : le film a beau être réalisé à l’ancienne, en deux dimensions, l’univers de motels et de Midwest des années 50 ici dépeint ressemble fort à une boule de pâte à modeler triturée à l’envie par le réalisateur. Cet univers modelable passe sans transition du poétique au grotesque, d’un romantisme littéralement électrique à une fureur sexuelle explicite. C’est un peu comme si Tex Avery télescopait un film noir des années cinquante en embarquant au passage la comédie romantique hollywoodienne et une bonne partie du cinéma bis – polar, fantastique, et western compris.

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Bref, le cinéma d’animation, ce n’est pas que pour les enfants, et la violence de l’image chez Plympton traduit à chaque plan un malaise, une angoisse latente qui contredit avec violence une histoire d’amour qui, envers et contre tout, va tourner au happy end. Comme chez Shakespeare, chez Plympton, la vie est une fable racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. Mais quelle décharge électrique !

Chloé Averty