"Bleu." - Et si on se laissait porter ?

D’un côté, des danseurs. De l’autre, des spectateurs. Ceux-ci doivent-ils forcément se comprendre pour s’apprécier ?

« Des épouvantails gracieux et indociles »

Un sol blanc, un décor sobre et des artistes tous vêtus de noir : c’est ce que nous propose la compagnie Yvann Alexandre, créée en 1993, dans son nouveau spectacle :Bleu. Sept danseurs s’agitent sur la scène d’ONYX avec souplesse, tels de véritables épouvantails gracieux et indociles dans une forêt noire au clair de lune. Les corps bougent, gesticulent, se désarticulent, se caressent, se frappent, s’affrontent et se dénudent, avec douceur, violence, pudeur et sensualité.

Et la musique ? La musique est poignante. Elle vous prend aux tripes. Elle est puissante. Une musique d’opéra. Un zeste de piano. Une musique féerique. Le genre de musique qui vous transporte, vous fait presque peur.

Et la chorégraphie ? La chorégraphie est difficile à cerner, à comprendre. Parfois lente, presque religieuse, parfois vive, psychédélique, violente, presque effrayante. Mais un couple de retraités venu assister au spectacle trouve la juste phrase à cette incompréhension : « Chaque personne imagine ce qu’elle veut. Qu’importe le message, il n’y en a peut-être pas, il y en a peut-être plusieurs, mais chacun est libre d’interpréter comme il le souhaite, comme il le comprend. ».

« Je n’ai rien compris, mais j’ai ressenti »

Boum. Tonnerre d’applaudissements. Métaphore ? Non, vraiment, les murs de la salle auraient pu s’écrouler. Et les spectateurs, pourtant venus d’horizons très variés, s’accordent tous d’une même voix ; visiblement, personne ne semble mécontent du spectacle. On parle de « qualité technique », de « prouesse corporelle », de représentation « captivante », de spectacle « très beau ».

Des étudiantes en danse et arts du spectacle concluent d’ailleurs à la sortie de la salle « Je n’ai rien compris, mais j’ai ressenti. En fait, il n’y a pas besoin de comprendre, il faut se laisser porter. » Se laisser porter ? C’est donc cela, l’art ? Qu’importe qu’il y ait un message, un sens, une signification, ou bien que ce ne soit qu’un charabia incompréhensible, l’important serait de ressentir les émotions ? Pari réussi pour ces corps qui s’entrechoquaient, tout en faisant vibrer le corps du public tout entier.

Tim