Bleu, le corps au cœur de la danse

Bleu. Un simple mot, une seule syllabe, pour désigner une mise en scène chorégraphique très étoffée. D’ailleurs, à quoi renvoie cette notion de bleu, à la fois évocatrice et polysémique ? A la couleur primaire ? A l’océan ? A l’ecchymose ? C’est sur ce dernier sens que la compagnie Yvann Alexandre a choisi de travailler, en se penchant sur la thématique de la sensibilité et de l’intimité du corps humain.

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Crédit photo : Franck Ragueneau

Pendant une heure, sept danseurs exécutent sur la scène d’ONYX une performance aussi précise, par la technicité de leurs gestes, qu’équivoque, laissant le soin au spectateur de construire, ou du moins d’essayer, une histoire, un sens, un message. Le spectacle s’ouvre sur un des ces danseurs, qui avance, seul, dans une obscurité se diluant petit à petit. Puis, au fur et à mesure, apparaissent les autres, tous vêtus de noirs, arborant sur leur cheveux des coiffes, noires également, cachant ainsi leurs corps, ne laissant transparaître qu’un sentiment de pudeur. Au fil de la pièce, les danseurs se dévoilent, libérant leurs cheveux, dénudant leurs corps, jusqu’à se retrouver, parfois, en sous-vêtements. Les danseurs évoluent en rythme, parfois seuls, parfois par le biais d’interactions gestuelles. La musique, quant à elle, varie entre opéra, piano et morceaux plus intenses et plus rythmés. Un son régulier fait vibrer le sol du cube noir, rappelant les battements saccadés d’un cœur en proie à un large panel d’émotions. Pour moi, ces mouvements et ce choix de mise en scène, particulièrement au niveau de la tenue des danseurs, illustrent la complexité du rapport de l’Homme au corps, qui expérimente la douceur, la timidité, mais également la violence, le contact physique et enfin la simplicité originelle en laissant petit à petit le superflu des tissus.

A l’issue de ce spectacle, je sors perplexe, songeuse, et ne peux m’empêcher de me poser des questions sur l’angle qu’a voulu donner le chorégraphe, sur le message qu’il a voulu faire passer. Accompagnée de Tim, mon fidèle acolyte du blog, je recueille les impressions d’autres spectateurs aux horizons variés : deux hommes, un couple de retraités peu habitués des spectacles de ce style, et trois jeunes femmes en passe de devenir professeures de danse. Malgré cette diversité, tous ressortent conquis, saluant la performance technique des danseurs et la beauté de la chorégraphie, bien qu’un des hommes nous confie avoir eu un peu de mal à « se mettre dedans » au début du fait du peu d’informations dont dispose le spectateur. Ayant eu moi même cette impression, j’en fait part à l’une de ces personnes après lui avoir demandé son avis. Elle ne partage pas ce sentiment, au contraire : pour elle, c’est au spectateur de créer sa propre histoire à partir de l’œuvre présentée. J’en tire donc la conclusion qu’une œuvre d’art est le reflet de celui qui la regarde.

Cassandre