Bois Impériaux, univers vaporeux

J’ai retrouvé la scène du Lieu Unique, scène nationale de Nantes, avec une création de la compagnie Das Plateau.

J’ai eu beaucoup de mal à commencer cette critique, je repoussais le moment fatidique parce que je suis passée à côté de cette pièce. J’ai saisi l’étrangeté de l’univers de cette adaptation très éloignée d’Hansel et Gretel, mais je suis restée hermétique à l’aspect glacial de la mise en scène.

Peut-être par protection car Bois Impériaux touche à un sujet sensible, la folie, en particulier des gens qui nous sont proches. La folie attire autant qu’elle dérange, qu’elle met mal à l’aise, qu’elle nous renvoie à des peurs, des angoisses, et en ce sens, la mise en scène est réussie.
Parlons du décor, épuré. Un canapé est posé au centre de la scène, un miroir avec trois glaces et trois angles différents sont situés derrière le canapé, ce qui a pour effet d’avoir son propre reflet, au loin sur la scène, en tant que spectateurs, avant que la pièce ne commence. Peut-être que l’effet est voulu, comme pour interroger subtilement le public sur son rapport à la folie et sur la relation que nous, spectateurs, qui venons payer pour regarder une fiction, entretenons avec le théâtre. 

Les miroirs apparaissent comme un kaléidoscope où le personnage d’Irina, la sœur, est montré avec ses multiples facettes, où l’on sent des zones d’ombre chez elle, une noirceur, quelque chose qui nous échappe tout le long de la pièce, comme un corps sans structure, une ombre qui flotte, une énigme. 

Parfois surgissent des images d’une route qui bouge comme le paysage qui défile à travers les vitres d’une voiture, de nuit, des images de forêt, qui ajoutent un côté inquiétant à la pièce, une menace. Les lumières sont parfois agressives pour le spectateur et nous éblouissent. 

En rouge, des mots comme "Bonbons et confiseries" apparaissent en hauteur ou la température et l’heure, à l’image d’un tableau de bord de voiture.

La relation entre le frère et la sœur est intéressante mais pas assez développée, les dialogues sont trop laconiques comme si on était sur le point de savoir mais finalement rien ne vient. À l’image de la scène où le téléphone d’Irina sonne une bonne dizaine de fois et qu’elle ne répond pas, il y a un côté très frustrant pour le spectateur et presque agaçant, même si on finit par savoir l’objet de ces appels répétés. 

Et l’homme qui tient la station-service, est-ce qu’ils représente la tentation, pour cette jeune femme, Irina, qui va manger des bonbons tout au long de la pièce ? Elle qui a un côté très enfantin, très candide, tout en gagnant sa vie en répondant à des appels du genre téléphone rose. Il est à la fois étrange avec Irina et bienveillant, deux âmes seules qui se rencontrent dans la nuit.

L’alternance entre les souvenirs d’Irina, la confusion entre passé et présent donnent un aspect onirique intéressant à la pièce mais créent une confusion qui m’a dérangée. Cette pièce a soulevé de nombreuses interrogations pour moi sans que je ne trouve les réponses et je pense que j’ai dû rater le sens que l’autrice de la pièce et la metteuse en scène ont voulu donner. Pour autant, elles ont réussi à nous montrer un univers qui perturbe et nous questionne.

Anaïs