BOULE et Nicolas Jules à La Bouche d’Air

Ce 21 janvier avait lieu à La Bouche d’air une double soirée : BOULE (en solo) puis Nicolas Jules (en trio, dans une formule inédite), avec leurs mots et leurs guitares. Une soirée à la fois douce et intense grâce à deux artistes fort différents, chacun à leur juste place.

On commence par embarquer avec BOULE pour un doux voyage dans un univers tendre et spontané de souvenirs et d’auto-dérision. Les chansons s’égrènent, BOULE parle beaucoup entre chacune d’elles, il est très drôle dans son personnage de loser attendrissant. S’inscrivant dans la pure tradition de la chanson française « à raconter », celle où le chanteur seul avec sa guitare nous narre les péripéties de la vie ordinaire, BOULE s’écoute tranquillement, comme si on était au coin du feu.

Changement d’ambiance avec l’arrivée de Nicolas Jules, accompagné par Roland Bourbon à la batterie et Frédéric Jouhannet au violon. Au milieu des sons saturés et des notes plantées dans l’air comme des touches de peinture en suspension, Nicolas Jules dépose l’air de rien sa voix grave quelque part entre le parlé et le chanté et nous entraîne en quelques secondes dans un univers sans compromis : celui d’une musique qui assume les dissonances, voire les faussetés, et qui tourne le dos à toutes les balises qui construisent la chanson française traditionnelle. La construction musicale échappe à l’harmonie, à la mélodie, le violon emprunte à la musique contemporaine, il n’est jamais là où on l’attend. Les musiciens sont remarquables, leur musique est exigeante, vibrante. Nicolas Jules est rock autant dans son énergie que dans la puissance des textes – eux aussi affranchis de toute contrainte stylistique, peu de rimes, pas de versification, des mots nus à l’impact immédiat. Il clame l’amour sous toutes ses coutures. Il irradie la pièce de sa présence absolue, on est embarqué, conquis, happé par la fièvre d’un univers saturé d’images, d’odeurs, de sensations organiques. C’est la vie dans son essence la plus prégnante qui se déroule au fil de l’heure. Ce voyage est d’une force et d’une poésie rare. En sortant de la salle, on s’aperçoit que la vie est tout à coup infiniment plus saillante, après avoir écouté Nicolas Jules.

Marie B.