Braises : quand la recherche d’identité, les traditions et l’amour vivent ensemble

On est jeudi, il pleut et il fait un vent à décorner les bœufs. Un vent chargé de sentiments forts qui s’engouffre dans la salle de l’Onyx où trois comédiennes de la compagnie Artefact se préparent à jouer leur dernière création : Braises. Braises, c’est l’histoire d’une famille où les gens s’aiment, mais ne se comprennent pas toujours. C’est l’histoire de deux mondes opposés qui cohabitent sous le même toit.

Il est 20h30, salle bondée. Je suis assise fauteuil 11, mon cahier sur les genoux, stylo en main. Je note rapidement que les rideaux de la scène sont ouverts sur une femme assise sur un canapé. Derrière elle, un mur recouvert d’arabesques orientales, un encadrement de porte obscur et un miroir. Le spectacle n’est même pas commencé que le décor est déjà planté. La lumière s’atténue et le fond sonore de rap amplifie : tout le monde se tait. C’est parti !

Une cité, une famille : deux mondes

La voix de la cité se fait entendre. La pièce débute par un morceau de rap qui dénonce les conditions de vie du quartier et les stigmates infligés par les gens qui n’y habitent pas. Cette fois-ci c’est l’ambiance qui est donnée. S’en suit un dialogue d’une heure entre trois femmes, deux sœurs et leur mère, enfermées dans les traditions d’un pays où elles ne vivent pas et dans l’indifférence de leur pays d’accueil. Deux mondes. La société occidentale « moderne », interprétée par Neïma, la grande sœur, puis la culture traditionnelle maghrébine, représentée par la mère. Coincée entre les deux : Leïla, la petite sœur.

Un mariage

Leïla va se marier. L’intrigue tourne autour de cet évènement, ou plutôt, de ce qu’il s’est passé avant et pourquoi on en est arrivé là. Ça commence par une histoire d’amour. Celle de Neïma qui fréquente un « français » de son âge qui n’est pas accepté par sa famille parce qu’il n’est pas musulman. Neïma la rebelle qui sort en ville avec ses copines le soir, se maquille et met des minis jupes. Elle aimerait que sa petite sœur profite aussi de ce souffle de liberté, mais ce n’est pas gagné ! Leïla a peur et s’enferme dans des notions de respect et d’honneur familial qui l’empêchent de vivre pleinement son adolescence. C’est comme cela qu’un beau jour, elle se retrouve promise à un garçon du bled à la place de sa grande sœur.

Le drame

Mais, la rébellion a parfois un prix. Neïma va payer le prix fort. Et, ce soir, avant le mariage de sa petite sœur, elle raconte pour la dernière fois ce qu’il s’est passé. Pendant ce récit, une vidéo illustre les paroles de la jeune fille. Les images comme la narration nous expliquent de manière pudique et violente à la fois que Neïma a subi un viol collectif, puis la mort par le feu. Pas de vulgarité. Juste la vérité. Fin du spectacle. Tonnerre d’applaudissement. Deux rappels. Les spectateurs et moi-même sommes émus. Personne ne dit rien, nous sommes encore dans ce rapport de pudeur face à tant de violence.

Un beau moment de théâtre où se mêlent vidéo, chant et effets de lumière. Une pièce violente, poignante et attendrissante à la fois, qui vous fera réfléchir sur la condition des habitants des cités et des femmes en général.

Marion Ferbezar