Brassens revisité par un duo atypique

Il s’appelle Michael Wookey et est Anglais, elle s’appelle Pauline Dupuy et est Française. Elle joue de la contrebasse et chante Brassens, il est polyinstrumentiste et chante en anglais. De leur rencontre est née une envie de créer un spectacle. A deux, ils unissent leurs voix et leurs instruments pour nous faire redécouvrir les chansons de Brassens et les aimer d’autant plus, sous un nouveau regard. Rencontre avec un duo pétillant.

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Qui n’a jamais fredonné les airs de Brassens dans la salle de bain ou bien repris à la guitare ce chantre de la musique française ? Avouez que cela est tentant ! Ce que l’on aime chez lui ? La poésie de son verbe, la musicalité de ses refrains et surtout cette manière bien à lui de dépeindre avec humour les situations de la vie des petites gens avec un vocabulaire qui aujourd’hui nous semble désuet mais tellement riche de sens… Une foule d’interprètes se bouscule à la porte pour chanter Brassens. Par le passé, Barbara, Renaud ou encore les Ogres de Barback s’y sont essayés. Pas si facile que cela de rendre hommage à un si grand artiste face à tant de concurrence. Eh bien eux, Michael Wookey et Pauline Dupuy (Contrebrassens), ils l’ont fait !

Interpréter une chanson, c’est comme ajouter un ingrédient mystère à une recette déjà pourtant populaire. Pas spécialement avec l’idée de faire mieux, mais plutôt avec l’envie de partager quelque chose de nouveau, de personnel. Malheur à celui qui se bornerait à reproduire parfaitement la diction et les mimiques du compositeur-interprète. C’est un travers qu’il faut mettre de côté lorsqu’on chante Brassens, au risque de tomber dans la caricature ! Notre duo d’interprètes, loin de se prêter à ce mauvais jeu, se donnent le « la » chacun leur tour et nous font voyager chacun à leur manière dans leur univers respectif. S’installe alors une vive complicité entre eux, et avec le public. On prend plaisir à réécouter les classiques connus de tous, tel La complainte des filles de joie et à s’arrêter sur le sens des mots qui n’ont pas d’âge.

Je suis allée à ce concert, au TNT, en ayant envie de me replonger dans tout ce que j’aime chez Brassens, celui qui berça mes oreilles depuis mon enfance. Je me suis laissée surprendre par la volupté d’une voix féminine accompagnée d’une contrebasse et d’une myriade d’autres instruments qui donnaient une tonalité sucrée, acidulée et bien plus encore aux textes déjà bigarré de l’artiste. Parmi ces instruments insolites joués par Michael Wookey, mon préféré était sans nul doute le petit piano à 18 notes pour enfant, qui nécessite que l’on se mette à croupis ou bien à genoux pour pouvoir y jouer. Il faut oser ! J’adore…

Contrebrassens et Michaël Wookey, c’est une véritable découverte entre la poésie des mots et les volutes de la fumée blanche qui émanent de la scène et entourent les musiciens de sa douceur bienveillante. Ne serait-ce pas là d’ailleurs, l’esprit farceur de Brassens lui-même, qui renaîtrait à chaque fois un petit peu plus lorsque qu’on entonne ses textes ? Qui sait ?

Séverine