C’était à Capellia avec des instruments…

J’étais le 12 janvier à la salle Capellia pour écouter Terez montcalm chanter le jazz français.

Avez-vous déjà remarqué comme c’est étrange la mécanique des fluides ? N’est-ce pas fascinant les mouvements irréguliers d’un liquide dans le fond d’un verre ou d’une bouteille ? Ce soir-là, c’était du vin rouge dans un verre à ballon. Je faisais rouler le verre dans ma main, entraînant le rubis liquide dans une vague continue qui léchait la paroi, tentant de s’échapper sans jamais y parvenir.

J’étais dans le salon d’un hôtel prestigieux, confortablement installé dans un fauteuil rouge spacieux. Bien enfoncé dans le coussin moelleux, ma tête reposant presque sur le haut du dossier, mes jambes croisées, mon avant-bras sur l’accoudoir et tenant le fameux contenant où le côte du Rhône poursuivait sa veine course comme un poisson rouge dans un bocal, je me donnais un air de Dandy. En vérité, il n’était question que d’apparence, j’imitais les images que j’avais pu voir dans de vieux films, comme par exemple James bond dans son smoking ou Bill Murray dans « lost in translation ».

En fait, je n’étais pas coutumier du lieu, je ne vais jamais dans les hôtels, et c’est le pur hasard d’un déplacement professionnel qui m’a amené-là dans cette atmosphère si peu familière. Alors, j’imite un comportement imaginé à partir des clichés de scènes de film et je dois paraître ridicule à tout habitué des comptoirs, des grooms et du room service. Plus que la nervosité que je ressens d’être là où je ne devrais pas, hors de mon monde, sans repère habituel ou rassurant, c’est plus le manque affectif qui m’agrippe à ce moment. « un seul être vous manque et tout est dépeuplé » paraît-il. Tu me manques ce soir, j’aimerais badiner avec toi, rigoler du malaise que provoque la circonstance, se moquer des convenances et des codes, observer les quidams autour de nous et pointer leurs grands airs artificiels, profiter de notre complicité en somme. Mais je suis seul à cette table, à siroter un verre de rouge en faisant semblant d’être quelqu’un d’autre pour me rassurer alors que je ne peux être réellement moi que lorsque tu es à mes côtés.

Soudain, la voix jaillit, féminine, chaleureuse, douce et tonique à la fois. Une scène que je n’avais pas vue jusque-là à quelques mètres, s’éclaire sous un faisceau lumineux qui enrobe une femme brune. Elle a un léger accent canadien pour s’inviter de quelques paroles puis se met à chanter doucement. Elle est accompagnée par une pianiste, un batteur, un guitariste et un contrebassiste. Elle reprend tantôt des mélodies connues de Nougaro ou Gainsbourg tantôt elle nous offre ses propres compositions. D’une certaine tristesse liée au manque, je passe à une douce nostalgie. La solitude est toujours là sous-jacente, mais je l’accueil avec sérénité, je la chérie comme une tranquille douleur qui vous pique le cœur mais que l’on apprécie car elle nous rappelle que nous sommes vivant.

La voix me transporte dans ses timbres et ses émotions. Je voyage, guidé par les intonations des instruments qui prennent tour à tour leurs solos respectifs et les paroles d’amour, de tristesse ou de départ. Je me laisse emporter par les accents parfois énergiques, parfois suaves pour me transférer d’une émotion à une autre au milieu de ses grandes tentures, de ces tables rondes nappées de blanc et en contact direct de cette scène de cabaret.

Voilà ce qu’aurait pu être le concert de Terez Montcalm que j’ai été voir à Capellia. Seulement, j’étais dans une salle de concert entouré de têtes souvent surmontées de cheveux blancs sinon sans cheveux du tout. J’ai aimé la technique et la passion de cette artiste qui vivait ses chansons et sa proximité avec les musiciens qui nous faisait intégrer leur cercle, mais je n’ai pas été transporté par l’émotion comme j’aurais pu l’être dans un autre contexte. La musique parle directement à l’affectif, et de même façon que l’on va apprécier un film différemment suivant son humeur en entrant dans la salle, j’ai raté une partie du concert de par mon état émotionnel.

Je vous recommande donc cette artiste si vous aimez le jazz ; allez-y les yeux fermés, le cœur et les oreilles grands ouverts.

Fabien