Ça n’est pas que pour les enfants !

C’est vrai ça, y’en a marre ! Pourquoi les trucs qui font le plus envie seraient toujours pour les plus petits, d’abord ? En plus de se voir décrépir, il faudrait renoncer à tout ce qui fait plaisir ? C’est trop injuste…
Hervé Maigret, le chorégraphe du spectacle Roméo et Juliette remet les pendules à l’heure : les tourtereaux seront vieux ou ne seront pas !

La représentation de Roméo et Juliette, le ballet de Prokofiev, par la compagnie ngc25 au Piano’cktail, c’était vendredi dernier.
Tandis que mon cher et tendre que j’étais parvenue à traîner avec moi enfilait à la va-vite son sandwich dans la voiture, je lui glissais : « au fait, c’est de la danse », et « au fait, Roméo et Juliette, le truc spécial, là, c’est qu’ils sont vieux ».

Parce qu’on a souvent tendance à l’oublier, mais Roméo et Juliette, à la base, se sont des enfants (Juliette a à peine 14 ans). Et s’ils étaient préretraités, ça donnerait quoi ? Observons comment les choses se passent…

En rang 2 par 2

Dans le hall du Piano’cktail, c’est l’effervescence – on se croirait en ville un jour de soldes, la bonne humeur en plus ! Des gens font la queue pour récupérer leurs billets, d’autres pour entrer dans la salle, d’autres détraquent tout ça en allant à contresens, pendant que des jeunes gens ébauchent des figures chorégraphiques et que des jeunes filles clament des « Roméo » à tout va.
Mais dans ce chaos, le petit écolier qui sommeille en chacun a fait son affaire : des files - à la trajectoire certes improbable - se forment spontanément, et c’est dans une discipline plutôt satisfaisante que les spectateurs pénètrent dans la salle.
Juliette, qui s’ennuie toute seule sur scène, peut enfin être rejointe par ses potes les danseurs.

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Juliette avant le spectacle
Un peu de repos avant l’entrée en scène

Les joies de la cour de récré

Pas de grand âge qui tienne ; sur scène, ça se course, ça se chamaille et ça galope et les pré-vieux sont de la partie ! Ça castagne même sévère à certains moments, et Roméo ne s’en laisse pas conter par les petits jeunes. Quand les garçons se battent, ils lâchent le fauve en eux et allient violence et grâce.
Heureusement, on s’amuse tout de même un peu. Les masques tombent (au sens propre du terme) et transforment la scène en basse-cour : cochon, chèvre, mouton, lapin, singe, toute la clique est là.

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Le bal masqué
L’inquiétante étrangeté des visages masqués

Le sport, ça défoule, alors on fait du footing sur place ou on se lance dans des sprints à faire pâlir Usain Bolt. Roméo et Juliette se fondent dans la masse, tandis que la danse exalte la beauté des corps - et c’est beau !

Les amoureux qui se bécotent

Mais voici que leurs regards se croisent, que l’amour les prend et qu’ils commencent à fricoter. Ça y est, les voilà repérés. Quand Roméo, bientôt exclu du groupe rapport à la baston, a perdu sa Juliette, il erre dans la salle et escalade les sièges à sa recherche. Il a pas l’air hyper commode, mais quelle joie quand il la retrouve. Et voilà que ça galoche dans tous les coins, les pré-vieux, les femmes, les hommes, les jeunes imitant leurs aînés… pour un Roméo et Juliette version 2015 !
Mais la passion, ça a ses revers ; et il faut dire qu’ils ont pas toujours l’air très bien, sur scène. Ils sont même ultra tendus jusqu’à être pris de convulsions et se tortiller comme des vers. Pas facile, de vivre dans une tragédie.

Alors, l’amour à l’entrée au collège ou aux portes de la maison de retraite, quelle différence ?

La démonstration s’est faite sous nos yeux : l’amour et ses passions, ça n’est pas que pour les enfants ; mais quand c’est pour les adultes, c’est pas tout à fait pareil. A 50 et 60 ans, Roméo et Juliette ont l’innocence en moins ; ils savent où ils mettent les pieds en disant « oui » à la passion. La tension et la dimension tragique n’en sont que plus fortes, nous livrant une soirée à très haute intensité.
Les prouesses physiques qu’ils accomplissent avec leurs camarades n’en sont elles aussi que plus impressionnantes : le cinquantenaire n’a pas un soupçon de bidoche, la Juliette aux cheveux gris n’a pas à rougir de ses cuisses sveltes que laisse entrevoir sa jupe légère… Si vous voulez suivre leur exemple, oubliez les Petits écoliers et mangez dansez !

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Le salut
Roméo et Juliette, au centre, entourés de leurs camarades de jeu
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AR

En parlant de petits écoliers, notons que 8 élèves du conservatoire de Nantes se produisaient sur scène ; de vrais jeunes au talent très prometteur, qui ont dû vivre des moments inoubliables aux côtés des danseurs de la compagnie ngc25.