Ça plane pour elle : Ji-Yoon Park emporte Tchaïkovski dans les airs

Le hall est bondé, comme celui d’un aéroport. Après avoir retiré mon billet, je cherche ma porte d’embarquement, salue mes compagnons de voyage et gravis les escaliers, qui m’emmènent à bord du vol O.N.P.L. en direction de la Russie et plus précisément du « romantisme slave ». Une soirée sous le signe des airs.

Le décollage est un peu chaotique. La première pièce, « Je marche dans le ciel, j’accompagne un oiseau » de Thierry Pécou, ne satisfait pas vraiment les aériennes attentes que son titre haïkuesque (je revendique la paternité de cet adjectif, si si) a suscitées en moi. Les pièces contemporaines sont toujours plus difficilement accessibles aux voyageurs néophytes.

Qu’importe, notre Concorde a pris son envol, et c’est une jeune pilote prodige qui va nous faire franchir l’Oural au son du concerto pour violon en ré majeur de Tchaïkovski. Ji-Yoon Park, premier violon de l’ONPL, est surtout une violoniste virtuose, et accompagnée du chef de bord Yoel Levi, elle va mener le voyage – et l’orchestre – d’une main de maître.

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Ji-Yoon Park - crédit photo onpl.fr

Le concerto de Tchaïkovski fut d’abord considéré comme injouable. La partie du soliste relève en effet de l’exploit. Tantôt frénétique, tantôt enjoué, tantôt rêveur, le violon pleure puis s’envole, entraînant tout l’orchestre à sa suite, jusqu’à un finale éclatant, un splendide coucher de soleil sur la taïga, si je prends le risque de filer ma métaphore jusqu’au kitsch.

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Tiens, ça y est, c’est fait - Crédit photo forwallpaper.com

Les passagers, éblouis, restent suspendus à l’archet de la soliste longtemps après la dernière note. Quand à moi, je plane. Au risque, malgré l’entracte, de louper le décollage du prochain avion.

Et en effet, la symphonie n°2 de Sibelius, qui constitue la seconde partie du concert, peine à me faire redescendre. De là-haut j’entrevois à travers les nuages de beaux moments lyriques emportés par les cordes, ponctuées ça et là par les instruments à vent, que l’on entend généralement peu dans l’orchestre. Mais je suis déjà partie, et je n’entends la symphonie que de loin. Dommage, mais mes oreilles sont déjà pleines !

Chloé Averty