Camarades, théâtre d’objet poétique et engagé

Ce soir au TU le public est venu en nombre.
La compagnie Les Maladroits, collectif de quatre artistes, réunis par leur goût pour la création et leurs compétences variées d’acteurs, metteur en scène, plasticien, inventeur et j’en passe, nous surprennent par la fraîcheur et la justesse de leur nouveau spectacle « Camarades ».

Enlevé et rythmé, le récit est porté par une mise en scène très bien orchestrée et pleine de poésie. Les objets sont le fil invisible qui relie les lieux et les évènements, objets qui prennent vie entre les mains et les corps agiles des acteurs. Quelques boites en acier sur une table et voilà une ville. Des craies, et nous avons les habitants. Un peu de poussière de craie et la magie opère.

La jeune Colette, une petite craie blanche parmi tant d’autres, est née à Saint-Nazaire peu après la seconde guerre mondiale. Nous suivons ses jeunes années, ses premiers pas d’étudiante et d’adulte dans la ville de Nantes où elle se retrouve confrontée aux évènements de mai 68. Nous découvrons ses premiers émois politiques, puis ses batailles à Nantes et plus tard aux Etats-Unis pour les droits des noirs, des femmes, etc…

Une histoire qui pourrait paraître assez banale en somme. Et pourtant, les apparences sont trompeuses… Nos acteurs, qui se glissent tour à tour dans la peau des différents personnages de l’histoire, redeviennent parfois, sans crier gare, un collectif d’artistes en train de créer une pièce de théâtre. Et de les voir se battre pour savoir comment se finira leur pièce : qu’est devenu Colette ? Une femme rangée ? Professeur, afin de transmettre ses valeurs aux générations futures ? Ou a-t-elle continué toute sa vie à se battre pour ses convictions ?

On comprend peu à peu, que derrière cette histoire, se cache en réalité de nombreuses autres histoires, et que nos acteurs sont aussi journalistes et passeurs de mémoire. Colette n’est que la quintessence de nombreuses rencontres, le personnage qui permet de prendre le recul nécessaire pour faire un pas de côté par rapport à la réalité historique, et d’éclairer le présent avec une note d’humour et de poésie.

Tout au long de cette épopée politique, sociale et profondément humaine, le collectif a su trouver le ton, juste et excentrique, et faire entendre sa voix, multiple et étonnamment personnelle, pour nous raconter une histoire, qui n’est pas que l’histoire de Colette, mais qui est avant tout notre Histoire.