Ces artistes qui nous font vibrer

Mais quelle est donc cette voix que j’entends en entrant dans la salle Mini de Stereolux ?

La pièce est remplie, mais j’arrive à entrevoir la scène. Plus personne ne bouge. Les gens autour sont captivés par le show de l’artiste. Car on peut bien parler d’un véritable spectacle. Je suis totalement envoutée par les sons que j’entends. Je me faufile dans la foule et arrive à atteindre un endroit avec plus d’espace sur la gauche.

Alors enfin, je vois pleinement le visage et le corps de cette femme dont la voix m’a totalement possédée. Elle est là, face à moi, en pleine transe. Je réalise alors que son physique est en parfaite symbiose avec son instrument, enfin ses instruments. Car elle ne fait pas que chanter Mercedes… non elle joue aussi ! C’est une virtuose !

Je suis fascinée par l’énergie qui émane de sa prestation. Elle bouge dans tous les sens. Et tout est en rythme. Si je ne la voyais pas, je croirai qu’elle est accompagnée de musiciens. Mais non je ne rêve pas, elle est bien seule sur scène.
Elle nous réchauffe aux doux accents de son timbre méridional. Ses proses nous envahissent.

Alors pourquoi, me paraît-elle si froide tout à coup ? Est-ce son apparence maladive ou les notes tristes qui jaillissent de ses flots continus ?
Je la regarde plus en détail : elle est grande, très maigre et n’a pas de cheveux. Je m’imagine presque la voir pleurer tellement ses chansons sont puissantes. Elles me transpercent et me guident sur le chemin de dame nostalgie.

Elle fait partie de ses artistes qui nous emmènent très loin. Un endroit d’où il est parfois difficile de revenir. Ce pays d’émotions que seuls les plus talentueux arrivent à nous offrir. Ça y est je suis comme les gens autour de moi : mon corps est dans la salle mais mon esprit est ailleurs. Je ne pense plus à rien d’autre. Mes préoccupations ont disparues, la plénitude m’envahit. La musique est une véritable source d’évasion.

Je m’imagine marchant sur le sable chaud, foulant le sol de Galice, d’où elle est originaire. C’est ça le festival Eurofonik, on voyage avec ces artistes des quatre coins de l’Europe qui viennent partager avec nous un bout de leur chez eux. En tout cas avec Mercedes, je n’ai pas eu besoin de faire beaucoup de distance pour voyager. Ce frisson qu’elle communique c’est en Espagne qu’il m’a transportée.

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Le concert finit, plus tard dans la soirée, je recroise par hasard Mercedes. Elle circule, fluette et incognito dans le hall d’entrée de Stereolux. Elle ne me regarde pas c’est normal elle ne me connait pas. Pourtant, nous avons partagé un fort moment d’intensité tout à l’heure. Elle m’a fait rentrer dans son intimité. L’art est un vecteur d’expression unique en son genre. Nous avons dialogué en quelque sorte elle et moi. Elle me parlait et moi je l’écoutais. Ce moment nous l’avons vécu dans un autre espace temps. Maintenant, c’est l’instant d’après, la parole libérée, elle continue sa route et moi la mienne. Elle a pu s’exprimer, moi j’ai pu m’envoler. La musique est un échange et ce concert l’a mis en lumière.

Pauline Reuche