Chevauchée sauvage au rythme des violons

Silence dans la salle du Pinao’cktail. Les artistes viennent de faire leur entrée sur scène, d’un pas tranquille. Dans les mains, l’objet de leur langage, riche en histoires, en humeurs et en horizons différentes. La Gadulka de Bulgarie ; le Morin Khoor de Mongolie ; le Violon de France ; l’Erhu de Chine ; et enfin les percussions, innombrables et improbables, qui allaient donner le rythme de notre voyage, prêt à partir en ce début de soirée.

Les premières notes s’élèvent, et c’est sans introduction que le groupe nous embarque dans un voyage aux sonorités orientales. Douces au début, remplies de rêves et de sérénité. Sensible au chant du violon et au style musical du monde asiatique, j’ai été immédiatement séduite par ce groupe invraisemblable, mélange balkanique, oriental et occidental.
Puis le frottement des cordes s’accélère, le rythme s’intensifie, les musiciens partent dans une danse endiablée de leur instrument. Imaginez un cheval magnifique, qui galope à toute vitesse ; effrayant au début, il vous embarque dans sa course effrénée, vous faisant goûter l’adrénaline sauvage de la vitesse et vous n’avez plus qu’une envie : vous lever de votre siège et danser, danser jusqu’à épuisement.

Ce premier morceau qui nous promettait une soirée extraordinaire, est sortie de l’imaginaire de Guo Gan, le joueur d’Erhu, maître incontesté de cet instrument à l’échelle mondiale. En tenue traditionnelle, une longue robe blanche, le visage grave et humble, il nous a également offert durant cette soirée un solo virtuose et élégant, dont chaque mouvement de corde frottée faisait défiler les paysages de son pays devant mes yeux fermés.
Au milieu de la scène, le violoniste Didier Lockwood, celui qui ne fait qu’un avec son violon. C’est en tout cas ce que m’a inspiré sa prestation, au style décalé, riche en couleurs et en horizons musicaux. Car, outre sa main de maître et son dynamisme infatigable, c’est la diversité de ses interprétations qui est par dessus tout exaltante. Sans aucun doute, ce qu’il a partagé avec nous ce soir là est le produit d’une carrière d’exploration musicale qu’il restitue avec un humour et une folie déjantée.
Les Violons Barbares enfin : trois musiciens, trois chanteurs complètement fous, une énergie sauvage et débordante, un pur bonheur. Le Bulgare Dimitar Gougov avec sa Gadulka, les yeux pleins de malice, le Mongole Dandarvaanchig Enkhjargal (dit Épi) avec son Morin Khoor et sa folie contagieuse, le français Fabien Guyot avec ses percussions et son talent pour donner vie à tout ce qui peut produire du son. Leur chant puissant et majestueux nous embarque sans peine dans leur voyage au grand galop, des Balkans à la Mongolie. Et quel ne fut pas mon plaisir lorsque le Mongole Épi, de son timbre caverneux et de velours, chante en diphonie typique de son pays !

Ces cinq interprètes se réunissaient pour la deuxième fois sur une scène de spectacle. Leur fusion, aussi récente soit-elle, montre la capacité surprenante des musiciens à s’adapter à tous les répertoires. Ainsi depuis la salle du Piano’cktail nous avons parcouru différents pays mais aussi différents style musicaux, de sonorités moyen-orientales à une prestation presque rock’n’roll. Chaque morceau cachait une histoire que ses interprètes prenaient le temps de nous raconter entre chaque prestation, avec beaucoup d’humour et de bonne humeur. Si nous avions eu peur, mon amie et moi de se retrouver juste au-devant de la scène car nous étions arrivées en retard, nous ne l’avons pas regretté et avons même, je le pense, d’autant plus apprécié pleinement ce tourbillon de couleurs musicales.

Énergie débordante, mélodies apaisantes, accents sauvages de contrées lointaines, il est difficile de trouver les mots justes pour décrire cette bulle espace-temps créée par la magie de la fusion de ces cinq interprètes que je vous invite chaleureusement à découvrir.

Léa F

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