Chez Boris, ce soir, c’est soirée disco

Un samedi soir d’hiver, après une journée fraîche et humide, rien de tel pour chasser la morosité que de se retrouver en bonne compagnie pour une soirée festive, non ? Et si en plus, Boris est de la partie, le moment devient unique !

Samedi 21 février, 20h30, dans le hall de la salle Vasse, les spectateurs prennent place pour assister au « Cabaret du Bison ravi », anagramme de Boris Vian, par la compagnie Gulliver. Au mur face à eux, ces mots intrigants : « Mon corps est fait du bruit des autres », signés Antoine Vitez… de quoi leur agiter les méninges et ménager leur impatience avant le début du spectacle.
A l’heure où l’on se prépare habituellement à faire chauffer la piste de danse, la soirée commence… Vous avez dit « disco » ?

Musique et jeux de lumière, check !

De la lumière, il en avait, même beaucoup ; c’est que tout le monde, acteurs et spectateurs, était sous les projecteurs. Du coup, pas moyen de se planquer dans un coin en regardant de loin les autres s’amuser.
Dans le décor des plus simples, 3 arbres disposés sur la scène apportaient la touche de couleur à toute disco-party digne de ce nom : violet, vert et jaune, chez Vian, tout est possible.
Quant à la musique… On retrouvait le jazz, bien sûr, et Duke Ellington, en référence à la passion de Boris Vian pour le compositeur. Et on savourait également les chansons de Vian déclinées entre chaque extrait de textes interprétés par les comédiens, les plus connues (Je bois, Fais-moi mal Johnny, Je voudrais pas crever…), et d’autres moins (de moi en tout cas).

Dragouille et compagnie, check again !

Dans toute soirée disco qui se respecte, il y a des tentatives d’approche entre jeunes gens. Celle-ci n’a pas fait défaut à la tradition.
Faut-il cependant prendre pour exemple les techniques employées ce soir-là ? A chacun d’en juger. Colin aborde en effet la belle Chloé en lui demandant « Êtes-vous arrangée par Duke Ellington ? », avant de fuir vers le bar, confus.
Certaines jeunes filles ne lésinent quant à elles pas sur les moyens pour attirer la gente masculine : l’une d’elle fait semblant de vouloir se jeter d’un pont pour prendre à son filet un pauvre garçon naïf.

JPEG - 107.4 ko
Colin et Chloé, le premier rendez-vous
Les deux protagonistes de L’Ecume des jours engoncés face à leur amour naissant

Trêve d’encombrement et place à la fête !

Bah oui, on n’est pas là pour se faire engueuler !
Alors bien sûr, il y avait le bar, les confettis, les chapeaux et perruques (on notera la coiffure douteuse de Colin, à qui on pardonne certes tout parce qu’il est gentil, mais quand même).
L’humour de Boris Vian ne pouvait que transpirer de tout ça ; et puis un appel – tellement engageant – à fuir ce qui est ennuyeux et contraignant, comme les études et le travail.
C’est d’ailleurs sur une invitation à profiter des belles choses de la vie que s’est ouvert le spectacle, extraite de la préface de L’Écume des jours « Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid […] ».

Et surtout, on était chez Boris

Pas de doute là-dessus ! La simplicité du décor et de la mise en scène, l’humilité des comédiens, tout a contribué à laisser aux textes toute leur place.
On notera d’ailleurs la performance des comédiens de prononcer sans accroc les subjonctifs imparfaits employés par l’auteur.
Si j’ai eu un instant le sentiment de ne pas retrouver la folie, le sens du décalage et la force de l’humour de Boris Vian, une petite discussion avec mon cher voisin m’a remis les idées en place : c’est justement au prix de cette sobriété que pouvait se créer la rencontre. En quelque sorte, une soirée disco sans les travers horripilants, la profondeur et le caractère en plus.

A la sortie de la salle, le ravissement du bison avait gagné l’ensemble du public très hétérogène de la soirée.
Une petite frustration tout de même : moi qui n’avais jamais mis les pieds à la salle Vasse, je n’aurai pas eu l’occasion d’y entrer vraiment, la soirée ayant eu lieu dans le hall. Voilà qui me donnera une bonne excuse de revenir toquer rue Colbert !

AR