Circuit des Yeux offre une deuxième lecture d’Oscar Wilde

Vendredi 11 octobre au Lieu Unique, j’ai pu assister au ciné-concert Salomé par Circuit des Yeux, mise en musique de la pièce d’Oscar Wilde adaptée et filmée par Alla Nazimova et Charles Bryant (1923).

La musique expérimentale de Circuit des Yeux nous fait rencontrer l’œuvre d’Oscar Wilde par trois temps et trois langages.

Les musicien.ne.s sont entré.e.s sur scène, belles et beau comme des comédiens. En effet, ils allaient être acteurs du spectacle, au service du film d’Alla Nazimova et Charles Bryant. Comme des lilliputiens, ils étaient installés non pas devant l’image comme s’ils y appartenaient, non pas en face comme si elle leur appartenait, mais dos à elle et en léger décalage : ils appartiennent à deux mondes qui n’en créent pourtant qu’un seul aux yeux du spectateur.

Ainsi, les artistes ont fait le choix de ce qui apparaît au début comme un strict parallèle entre leur son live et la projection centenaire. Néanmoins, les deux supports semblent se prêter à deux interprétations du futurisme : les sons ovnis résonnent sur la coiffure de la comédienne alien. C’est drôle quand on y pense : Oscar Wilde a écrit les dialogues d’une pièce que Nazimova et Bryant ont a capté en un film muet auquel Haley Fohr donne le son.

Plus qu’une mise en abyme, on a l’impression d’être face à une troisième écriture de Salomé. Ainsi, les musicien.ne.s ont été au-delà de simplement donner une voix aux personnages : une âme a été donnée au film. On imagine que le processus de création du spectacle les a poussé.e.s à questionner une autre forme de langage pour faire parler l’œuvre d’une nouvelle voix dans sa troisième vie. Cependant, on apprécie la maîtrise de leur art dans la place laissée à l’importance du silence pour capter notre attention. Ce sont les moments où tous jouent ensemble que l’ont est le plus transporté : on ne sait plus qui de l’image ou du son incarne l’autre et, si l’on détache notre regard de l’écran, on peut constater l’énergie des artistes vivants pour la musique.

C’est donc comme un Fantasia inversé qui nous offre la chance de côtoyer un lointain Oscar Wilde le temps d’un spectacle bel et bien vivant.

Camille L. Margat