Clouzot au Cinématographe

Le Cinématographe propose régulièrement des séries de films consacrés à un réalisateur. Une dizaine de films sont alors proposés, parfois une conférence-débat animée par un spécialiste. La série que j’ai choisie portait sur Henri-Georges Clouzot, fameux réalisateur de thrillers de l’après-guerre, que ses fans considèrent comme le Hitchcock français. Ses films venant d’être tous remastérisés, quoi de mieux qu’une toile de cinéma pour en profiter pleinement ?

L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot

Comme je ne pense pas nécessaire de critiquer ici le réalisateur et son œuvre (que je vous laisserai découvrir ou redécouvrir !), je vous propose de vous donner mes impressions sur le seul film proposé lors de cette quinzaine qui n’a pas été réalisé par Clouzot, à savoir un documentaire réalisé par Serge Bromberg sur le dernier tournage du réalisateur. Révélé par « Le corbeau », et porté au sommet de sa gloire par « Le salaire de la peur », « Les diaboliques » et tant d’autres thrillers haletants, le réalisateur cherche alors à révolutionner le cinéma par une nouvelle approche picturale. Il voudrait notamment rendre au spectateur une expérience immersive sur le thème de la folie.

Avec très peu de moyens, il demande à ses assistants de chercher tous azimuts des effets spéciaux ou des compositions qui déforment la réalité. En France, nous sommes alors en pleine révolution des arts visuels : les images du documentaire montrent même Clouzot en train de filmer les installations cinétiques d’une exposition du musée des Arts décoratifs pour trouver de l’inspiration. Impressionnés par les essais réalisés, la « Columbia Pictures » décide de produire son film pour un budget… illimité !
Clouzot reforme alors ses meilleures équipes de tournage, pour continuer sa campagne d’essais, à la recherche d’effets visuels et sonore. Les témoignages recueillis par Serge Bromberg sont éloquents : le gratin des techniciens du cinéma français filme nuit et jour, gaspillant allègrement de la pellicule, à la simple recherche de nouvelles images. Le documentaire nous montre ces rushes, malheureusement sans son, qui révèlent l’inventivité spectaculaire des techniciens de l’époque, puisque Clouzot refusait de retoucher les images après tournage.
Peu à peu, le scénario prend forme et Clouzot recrute deux stars de l’époque : Serge Rezziani et Romy Schneider. Le titre est choisi, ce sera « L’enfer ».
Ce titre sera malheureusement prémonitoire pour le tournage du film. Acteurs, équipe de tournage, personne n’est épargné par l’obsession de perfection du réalisateur qui voit là son chef-d’œuvre.
Je ne vous raconterai pas l’histoire du film, mais le documentaire est absolument passionnant, mêlant habilement les rushes des essais et du film et les témoignages des divers assistants de l’époque (dont Costa-Gavras). Et comme les bandes sons du film ont été perdues, des scènes sont re-tournées par Bérénice Béjot et Jacques Gamblin.

Un très bon documentaire réalisé par des passionnés de cinéma avec des images superbes des essais, de grands acteurs filmés hors scène, et surtout, l’esthétique des sixties : le cocktail est parfait !