Comme des enfants

Le 22 novembre, le Piano’cktail proposait aux petits et grands de s’amuser autour de l’équilibre et de la gravité dans le très beau "Léo".

Coincés entre trois murs dans la boîte de Léo, sans repères et solitaire, le temps d’une soirée au Piano’cktail, on redevient comme des enfants.

Les temps sont durs, l’automne est là. La vie est grise et les jours sans lumière. On a perdu les sourires qui courent derrière le soleil. L’obscurité et le froid nous plonge dans un coma égoïste où on devient nerveux et aigris. Pas vous ?

Quand j’étais enfant, j’en avais rien à faire de l’hiver, des jours plus courts et du froid qui fait mal. Quand j’étais enfant, j’avais des journées de rire et des soirées à envelopper des rêves dans la chaleur d’un feu de cheminée. On n’a pas besoin de soleil quand le confort et l’amusement réchauffent.
Mes parents, eux, avaient la mine coincée des grandes personnes qui pestent contre les jours trop courts. « On part au matin quand il fait nuit, on rentre au soir quand il fait encore nuit ! » Leurs journées se passaient enfermées au bureau, coincées à la maison, à oublier le dehors qui ne voulait pas de nous.

On sait tous ce que le peu de soleil et le manque de chaleur ont comme effet sur le moral. En trois mots : rien de bon.

Aujourd’hui, j’ai perdu l’innocence de l’enfance ; celle qui me faisait supporter l’hiver. Aujourd’hui, je n’ai plus les feux de cheminée et les éclats de rire à longueur de journée. Aujourd’hui, l’hiver m’ennuie et me condamne à moins d’envies. Et les temps sont durs.

Parfois, il ne faudrait pas grandir...

Je ne sais pas si le Piano’cktail l’avait compris, en programmant Léo. Je ne sais pas s’ils pensaient à tous ces adultes qui détestent l’hiver. Et, était-ce un hasard si le spectacle avait lieu un des premiers soirs de vrai froid ? Bon, d’accord, on ne peut pas être visionnaire à ce point-là.

Léo, donc, c’est le très beau spectacle qui défie les lois de la gravité. Le résumé est simple mais tout se joue à la vue : un homme se retrouve seul dans une boîte, entouré de trois murs, dans un espace qui ne respecte plus aucune règle d’équilibre. Sur scène, une caméra bien cachée projette l’image de la boîte à quatre-vingt-dix degrés. C’est un peu comme un match de ping-pong, le regard est retenu à droite, puis à gauche, puis à droite, puis à gauche, et l’on joue durant une heure à suivre les mouvements réels et inversés de l’artiste qui explore la magie et l’illusion. Entre théâtre et cirque, chorégraphie, mime et danse, c’est un univers qui se crée.

Comme les mots ne sont que des mots, un aperçu de la beauté se trouve ici :

Dans sa boite, Léo joue, s’amuse, danse, court, s’épuise à tenter d’en sortir et crée la vie pour lui tenir compagnie. Ça nous rappelle qu’on n’est jamais bien lorsqu’on est seul. Un chat, un poisson, un oiseau et un décor entier, dessinés à la craie, s’animent dans l’espace de la boîte. J’ai les yeux qui brillent. Et tout à coup, je retrouve l’admiration qu’on lit dans les yeux des enfants. Je me sens portée par cette même fascination pour ce qui ressemble à la magie.

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Léo bouge, gesticule, prend peur, et s’endort. J’ai peur avec lui. Je me sens seule aussi dans l’envers de sa boîte. J’en perds mes repères. Je suis tantôt dessus, tantôt dessous ; allongée lorsqu’il se tient droit, assise lorsqu’il se courbe, à l’envers lorsqu’il marche sur les mains. Et je m’émerveille, je souris, je ris, et parmi les murmures des enfants, il y a ma voix qui dit aussi : « mais comment il fait ça ? » La magie reste magique, et se fout bien de l’âge.

Et puis il y a les rires des petits et des grands qui ouvrent la porte des rêves. Et ce qui est magique derrière les rires, c’est qu’on rit en même temps. Les enfants deviennent adultes et je redeviens cette gamine de dix ans qui se fout de l’hiver. Est-ce que ce n’est pas ce qu’il y a de plus doux, de plus chaud, entendre le rire francs et insouciants des enfants ?

Léo, c’est une manière d’oublier son âge comme on oublie l’hiver. Il y a des choses universelles : le confort, le rire, la chaleur et une belle soirée au Piano’cktail.

Marie

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