Et en une nuit, toute une vie bascula...

Une nuit, alors que Léa tente d’oublier son mari décédé quelques jours auparavant, un homme, Anthony, entre par effraction dans son appartement. Elle ne comprend pas ce qu’il vient faire ici, il ne veut rien lui dire. Mais Léa veut savoir, elle veut tout savoir à propos de ce qui se cache derrière cette visite inattendue. Alors, ils discutent, se posent des questions, s’affrontent et se défient. Il veut partir mais il est retenu en otage par cette femme qui veut la vérité. Elle apprend alors que son passé est étrangement lié à ce jeune homme, passé dont le tableau accroché au-dessus du lit de Léa est le témoin. Elle comprend qu’ils ont vécu des choses similaires sans le savoir et que maintenant qu’elle le sait, rien ne pourra être comme avant.

La scénographie est simple et pourtant efficace. Elle plonge le spectateur dans un univers quotidien, celui d’un appartement dont la fenêtre donne sur la rue. Rue depuis laquelle on entend les rumeurs des attentats, rendant ainsi à la scène un caractère encore plus sombre et ancré dans une invraisemblable réalité. Cette réalité nous est rappelée par le poste de radio posé sur la table au milieu de la pièce qui diffuse de temps en temps des extraits d’émission de manière que l’action ne se déroule pas uniquement dans l’appartement. Ce qui se joue entre les personnages va au-delà de leurs échanges car fait appel au passé des individus, à leurs relations extérieures et finalement c’est tout un monde qui entre en jeu. L’histoire si singulière de la pièce pourrait se retrouver en chacun de nous, et faire resurgir des émotions lointaines et enfuies mais à la fois si proches.

La pièce tourne autour de quelqu’un qui n’est plus et pourtant nous pouvons l’imaginer comme s’il était là, donnant la réplique aux deux protagonistes. Sa présence, nous la sentons par son portrait au-dessus du lit, par la photo de Léa et lui, par les menottes avec lesquelles est attaché Anthony au lit de Léa, par le revolver que Léa tient pointé vers Anthony. Le défunt est partout mais n’apparaît pas. C’est finalement une pièce sur sa vie, et sur les raisons qui l’ont amenées à la mort. Par la parole, Léa et Anthony découvrent qui était vraiment Lionel, pourquoi et pour qui il vivait et ce n’est qu’après son décès qu’ils apprennent à le connaitre.

L’univers de la pièce entre en harmonie avec l’univers du Théâtre de poche Graslin, tout petit théâtre dans lequel le spectateur est si proche des acteurs qu’il se sent happé par la pièce, il en fait presque partie.

De cette pièce, on ressort surpris, stupéfait par le professionnalisme des acteurs et par leur facilité à transporter le spectateur d’une émotion à l’autre. On pleure et on rit, sur un sujet pourtant grave, si bien abordé. L’histoire avance et on ne voit plus le temps s’écouler. Nous sommes plongés dans un jeu haletant, un ping-pong entre les deux personnages qui ne reviennent pas eux-mêmes de ce qui leur arrive.

Adèle

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