Contractions - Onyx

Salle Onyx, première fois que je me rends dans le cube noir. Directement sollicité par une enquête de satisfaction.

  • Texte de Mike Bartlett
  • Mise en scène de Mélanie Leray
  • Interprètes Marie Denarnaud et Elina Lowensohn

"Dans une grande entreprise, la directrice des Ressources humaines soupçonne Emma, une employée, d’avoir "une relation d’ordre sentimentale" avec un autre cadre. Or, une clause du contrat stipule qu’aucune relation sentimentale ou sexuelle ne pourra être engagée entre deux employés de l’entreprise sans en référer à sa hiérarchie. Convoquée à plusieurs reprises dans le bureau de sa supérieure, Emma fait face à une série d’interrogatoires, filmés en direct, sur sa vie intime."

Le thème de la pièce "Contractions" est celui du monde du travail et le rapport que l’on a avec celui-ci. La distinction entre la vie privée et publique, aussi celui de l’être humain face à la complexité du regard administratif, des obligations empiétant sur nos libertés afin de laisser le plus de neutralité dans la relation entre les protagonistes d’une société.

Une fois n’est pas coutume, la première chose que je voudrais analyser est la mise en scène avec l’aménagement du bureau de la DRH. Grande pièce avec long bureau séparant les deux actrices. Au bout, un grand écran permettant d’ajouter au jeu d’acteurs une ambiance interactive et illustrant beaucoup d’instants. Ce mur d’écran est là pour approfondir l’idée d’immersion à la "Big brother". La disposition des acteurs évolue mais l’espace central est toujours principalement occupé. Il arrive même que le long bureau soit utilisé à la manière d’un défilé de mode ou chacune des actrices peut être scrutée. Le bureau se transforme avec le temps en lieu de torture, aidé par le grand écran du fond.

Pour parler du sujet traité, il aura fallu nécessairement grossir le trait des situations rencontrées dans la pièce. Celles-ci misent en avant sont grotesques, elles ne seraient pas acceptées dans une entreprise actuelle. Elles poussent d’ailleurs à rire, en tout cas au début. Le fait de devoir rendre des comptes à ce point pour garder son travail dépasse l’entendement, mais nous savons tous que des sacrifices doivent être fait, dans certains groupe, où la rentabilité est analysée sur les moindres détails (ceci est déjà le cas dans beaucoup de grosses entreprises, surtout anglophones). Alors, en exagérant, on finit par comprendre le message dénoncé, la servitude sans limite bercé par une logique libéral utilisant les outils de l’administratif. Allons donc voir jusqu’où peut emmener une logique cartésienne avec des principes de rentabilité et de neutralité, c’est à dire sans aucune forme de favoritisme pour aucun des salariés. On comprend vite que la mise en application sans réflexion de textes nous régissant n’est pas adaptée à la réalité. Comme la différence d’une législation sur le papier et sur le terrain, sachant que le papier ne peut prévoir tous les aléas de la réalité. Une fois qu’on capte la fréquence du décalage entre la pièce et la réalité, l’amusement des situations n’est plus et une atmosphère plus noir et troublante s’installe. Des pensées noires pour un sujet sans limite, la liberté de tout à chacun pour vivre la vie qu’il décide.

L’auteur pose de vrais questions et en appuyant sur les efforts les plus inacceptables. Les choix de la salariée face à l’argumentaire de son entreprise montre aussi certaines décisions implicites fait par certain afin de pouvoir être apte à produire au mieux et de garder un confort matériel.

Je sors de cette pièce, non pas avec des revendications en tête, mais avec l’envie d’analyser plus les détails qui pourraient amener à prendre les mauvaises décisions.

Julien.