Costumes trop grands pour personnages trop petits ?

Au Grand T de Nantes, la Compagnie Stereoptik, composée de Jean-Baptiste Maillet et Romain Bermond, au début du mois d’avril, a présenté leur nouvelle création, Les Costumes trop grands, pièce mise en scène en avant première, au Festival de marionnettes et objets manipulés : Saperli Puppet à la Chapelle sur Erdre.

Laboratoire de création sur scène : l’époque de la reproductibilité en direct

Un grand écran blanc occupe la scène sur lequel est réalisé un film d’animation en direct. La scène est un laboratoire de création : d’un coté la console pour la musique, de l’autre un atelier de fabrication fait de planches et rouleaux artisanaux. Sur l’avant-scène une malle est utilisée comme une chambre obscure pour le développement d’une photo. Le spectacle commence avec la prise d’une photo : un homme, choisi au hasard dans le public, donnera sa tête (découpée et collée sur les silhouettes en papier) au personnage principale de l’histoire. Crayons, fusains, feutres, papiers découpés, marionnettes en cartons, esquisses et peintures à l’huile sont manipulés avec adresse et précisions par les deux artistes. Tel des coups de pinceau jetés sur une toile une scène de la vie parisienne se dessine sous nos yeux. Trait par trait, des simples lignes forment arbres, immeubles, routes… Les images roulent sur les planches sur lesquelles sont ajoutées au fur et à mesure les figures des silhouettes en papiers. Ainsi, nous nous retrouvons dans un bus ou à pieds ou dans une voiture qui traverse la ville de Paris où les deux amants se promènent sans cesse avec légèreté.

Du coup de foudre réaliste à l’abstraction des mystères de l’amour

Les deux amoureux rencontrent l’amour en dansant et en se promenant dans la ville sur fond de peinture réaliste et impressionnistes. Ensuite, une dimension étrange (une autre phase de l’amour ?), une fois passé le transport initial, tourbillons bizarres et cercles indéfinis enveloppent les deux personnages sur un fond, cette fois, abstrait. Et à la fin, nous nous retrouvons dans une maison-maquette en carton (une prisons de sentiments ?) où une main cherche d’attraper une femme qui essaye désespérément de s’échapper …
L’histoire est simple, presque banale, le scénario n’est pas très original mais devient pourtant poétique et explore un univers intime, drôle et étrange à la fois. Les personnages habilement construits par Jean-Baptiste Maillet et Romain Bermond portent des costumes -disent-ils- comme des carapaces de protection qui parfois sont trop grands. Ainsi quelque chose plus grand d’eux peut également, arriver dans leur vie : un coup de foudre que comme dans un road-movie propulse deux personnes dans une histoire d’amour qui les amènent là où il n’avait jamais pensé arriver.

Manuela Biclungo