Dans l’intimité de Guy de Maupassant !

Vous faites quoi, vous, de vos soirées d’octobre ? Vous savez, quand les averses se sont succédé toute la journée et que les feuilles tombées des arbres vous donnent envie de pleurer ?
De mon côté, je me suis dit qu’aller voir une adaptation théâtrale du Horla de Maupassant – l’histoire d’un homme qui sombre peu à peu dans la folie - cadrait à merveille avec l’ambiance dépressionnaire du moment !
C’était mardi soir, au TNT, à l’occasion de la première de Mots passant au-delà du miroir par la compagnie A Tour de Rôl’.

Entre badinage et angoisse

Surprise ! Le spectacle s’ouvre non pas sur la vue d’un homme en pleine crise d’angoisse, mais sur un couple qui se taquine en tournoyant autour d’un fauteuil bourgeois, comme le font les amoureux au théâtre.

Mais leurs petites badineries sont bientôt interrompues lorsque le jeune homme s’aperçoit que sa carafe d’eau a été vidée de moitié, par il ne sait qui. Lui qui boit chaque jour la même quantité d’eau à la même heure s’en trouve très perturbé ; sa maîtresse tente de le rassurer mais se décourage bientôt devant son entêtement et le quitte, fâchée !

Un peu plus tard dans la soirée, alors que le jeune homme s’attable à son pupitre (XIXe siècle oblige), une étrange créature vient rôder autour de lui. Si lui ne la voit pas, elle, en revanche, ne semble avoir d’yeux que pour l’écrivain, qui n’est autre que Guy de Maupassant, version beau gosse !

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Mots passant déjeuner

Guy se trouve fortement perturbé par cet être qui squatte sa chambre sans y avoir été invité, si bien que Valentine, sa maîtresse, l’emmène en séjour à Paris pour lui changer les idées.
Après une nouvelle parenthèse de légèreté, une lettre de Jean, son domestique, et un article de journal faisant écho de phénomènes étranges ont raison de la bonne humeur de Guy.
Retour au bercail, et enlisement dans le malheur…

Soirée plombante ? Et bien pas du tout !

Un charme suranné

Pourquoi suranné ? Parce qu’il y avait quelque chose du temps jadis pendant cette soirée !
L’atmosphère d’un soir de « première », d’abord ; un public clairsemé, qui rend la soirée plutôt intimiste… une jeune femme qui sonne la cloche pour annoncer l’ouverture du spectacle, puis nous voilà face à un décor de maison bourgeoise XIXe…

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Mots passant bougies

On retrouve également l’ambiance « petite troupe » de théâtre :

  • derrière le miroir, les éclairages laissent apparaître l’ombre du Horla, moins flippant quand on l’aperçoit en train de boire à même la bouteille d’eau avant d’entrer en scène ;
  • il faut également faire un effort pour croire au couple Guy / Valentine, qui doit être de 15 ans son aînée… malgré les talents de la comédienne, ses minauderies ingénues restent difficilement crédibles.

Le « plantage » du décor est lui aussi un peu maladroit : on nous cite moult détails pas forcément nécessaires à l’intrigue - la sortie de Madame Bovary et du Déjeuner sur l’herbe - au cas où l’éclairage à la bougie et la mention de Boule de suif n’auraient pas suffi à nous faire comprendre que les choses se passent au XIXe siècle.

Mais tout ça, ça nous met dans une ambiance cosy : pas de chichi, ce soir, on est un peu comme chez une vieille tante, dans son salon, à côté d’un bon vieux feu de cheminée - et c’est avec plaisir qu’on revisite ensemble un classique !

Un Horla plutôt sympa

Quant à lui, bah il m’a semblé plutôt sympathique, voire attachant – si bien qu’on peine à croire qu’il puisse n’être là que pour nuire à Guy. Avec sa tenue argentée et ses gestes gracieux, on l’imaginerait bien enflammer une piste disco pendant une soirée rétro.

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Mots passant Horla

Le comédien maîtrise à merveille les expressions de son visage qui le rendent tour à tour enfantin, farceur, ingénu et émerveillé : lorsque Guy écrit, le Horla semble en totale osmose avec les mots qu’il couche sur le papier.

Le Horla offre même quelques scènes burlesques, lorsqu’il s’amuse à taquiner le pauvre Jean, resté seul pendant le voyage de son maître. Il lui pique son crayon, le fait sursauter et va jusqu’à lui lécher le crâne, juste pour l’embêter.

Alors, gentil, pas gentil ? Qui est-il ? La face cachée de Guy, son côté obscur qui tente de prendre le dessus ? Le simple fruit de son imagination ? Un être étranger, là uniquement pour lui nuire ?
Le mystère reste entier…

Mais rassurez-vous, ce genre de choses n’arriverait pas de nos jours : une bonne série pour faire taire nos angoisses, un petit coup de Candy crush pour se changer les idées, une webcam pour surveiller la chambre pendant la nuit… Le Horla ne nous aurait pas, nous… si ?

Si vous aussi, vous voulez goûter le charme de la pièce, rendez-vous au TNT jusqu’au 25 octobre !
Et pour en savoir plus sur la compagnie A Tour de Rôl’, c’est par ici !

AR