Dans les bas-fonds humains où la couleur n’existe plus

La compagnie Lacascade était au Grand T du 5 au 13 octobre 2017 pour présenter "Les Bas-fonds", une adaptation de l’oeuvre du révolutionnaire russe Maxime Gorki et mise en scène pas Eric Lacascade.

Le plateau est vaste, froid, nu, à l’image de ses personnages pour qui la vie n’est plus qu’une lutte. Des images nous viennent immédiatement en tête, c’est une auberge espagnole où se croiseraient les personnages les plus sombres d’Hugo et de Zola, ou bien une Comédie Humaine teintée de Vernon Subutex.

Nos héros du jour sont des acteurs déchus, des malades, des alcooliques, des maris violents, des sœurs fratricides... tous fragiles, tourmentés et dans une intense souffrance.
Par un ingénieux jeu de fonds superposés, la scène semble infinie, comme si la misère n’avait pas de fin et qu’à chaque étape on pouvait toujours y plonger un peu plus profondément.

Les vivants et les morts se côtoient dans ce foyer tenu par des marchands de sommeil sordides, et l’on ne sait pas lesquels sont le plus à envier. Une belle scénographie tout en verticalité se juxtapose à celle horizontale pour une métaphore juste sur nos choix de vie, nos destins, nos combats, pour lesquels nous ne sommes pas également armés par la société. Pour les exclus de ce monde, seuls 2 choix possibles : la mort ou la souffrance.

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Même si je dépeins là une image sombre, il y a aussi dans cette oeuvre du rire, du cynisme, du clownesque, de l’ironie et beaucoup de provocations !
Quelques punchlines bien trouvées nous font sortir de cette torpeur comme un sursaut de vie : "La bourgeoisie c’est comme la p’tite vérole, on en guérit mais ça laisse des traces" ou "Un ivrogne malin vaut mieux que deux gars à jeun"
Très beau spectacle, avec une fin en apocalypse que je vous invite à aller découvrir par vous même !

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Caroline Huguin