DANSE - Sept hommes à la recherche du rouge

Un rouge en demi-teinte

Je ne connais rien à l’art de la danse, j’aime me secouer comme un prunier au rythme de la musique, monter sur une chaise et faire tourner ma chevelure de 5 cm pour provoquer le voisin qui me regarde de sa baie vitrée, mais ma pratique et ma connaissance de la danse s’arrêtent à peu près là. Pourtant je vais essayer de vous expliquer pourquoi la prestation de la Compagnie S’poart de Mickael Le Mer, en représentation à ONYX, me laisse à demi-satisfaite.

Figurer par l’absence

Comme George Perec figure la mystérieuse disparition d’un personnage par l’absence de la lettre « e » tout au long du roman « La disparition », Mickael Le Mer choisit d’utiliser la musique, les corps et les rythmes pour signifier le rouge, avec un résultat plus relatif.

La couleur rouge porte différentes symboliques au sein de nos cultures occidentales comme la puissance, le pouvoir, la souveraineté et est souvent apparentée à des sentiments puissants, voire extrêmes : la haine, la passion, l’amour mais aussi à des éléments de notre quotidien comme le feu et le sang. Voici le schéma grossier des facettes du rouge dans l’imaginaire occidental. Le chorégraphe s’est donc essayé, grâce à sept magnifiques danseurs, à leur figuration à travers une composition chorégraphique d’1h20 sur différents thèmes sonores.

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Sept danseurs : des individualités profondes

Ils sont sept debouts, nous tournant le dos, semblant affronter un opposant qui nous dépasse. Le rythme accompagne une chorégraphie utilisant l’esthétique du Hip hop pour représenter l’assaut saccadé du combat, voire de la pulsation sanguine. Puis chacun se retourne, dévoilant des énergies charismatiques fortes. Et profondément individuelles. Tout au long de la composition Michael Le Mer, tente de diversifier les rencontres chorégraphiques à sept, puis trois, en solo de danse OU le groupe, l’intimité et l’unité. Pourtant c’est avec difficulté qu’il efface le « un » au profit du groupe. Les profils des danseurs se détachent tellement que le sentiment de groupe peine à prendre, ce qui aurait pourtant beaucoup apporté à l’intensité des sentiments. De fait notre attention virevolte d’un danseur à l’autre mais s’accroche péniblement au groupe.

On est accessoirement subjugué par la performance de Teddy Verardo, presque liquide, se fluidifiant sans cesse, effaçant ses articulations pour n’être plus qu’un tout

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Une pénible sensation d’être restée en dehors

Il est venu le temps de ma propre remise question, serais-je blasée, pourquoi ne suis je pas touchée moi l’hypersensible, tandis que l’intégralité de la salle applaudit à en couper le souffle ?! Peut-être ai-je trop cherché le rouge là où la réflexion n’avait pas de place, où le transport, le voyage sensoriel devait être plus fort. Est-ce dans ce cas un tord de lire le programme à l’avance ? Bref, j’en venais donc à me culpabiliser de n’avoir pas su apprécier, j’ai coupé donc court à ma réflexion et décidé de retenter l’expérience pour mieux comprendre mon indifférence.

Inès