Das Plateau : le choc des arts et l’éveil des sens

Présenté comme « une narration bouleversante où cinéma, théâtre et danse fusionnent admirablement » avec pour thématique « les frontières entre la vie et la mort, le présent et le passé, le vrai et le faux, le pensé et le vécu », « Notre Printemps » a largement attiré mon attention dans un premier temps.
A la fois curieuse et sceptique, je me suis d’abord demandé quel effet pouvait donner ce mélange des genres et des procédés qui avait l’ambition de nous plonger entre deux sensations, deux sentiments extrêmes, tout en nous ramenant à un juste milieu, un juste équilibre possible...

Lorsque j’ai commencé a rédigé cet article, j’ai longuement hésité à entrer dans les détails de ce spectacle unique. D’abord parce que je trouvais dommage d’en dévoiler une partie... mais aussi parce que « Notre Printemps » dégage quelque chose d’irréel, d’indescriptible, qui va au-delà des mots, et que l’on ne veut pas enfermer dans l’écriture.

J’ai alors fait le choix d’insister sur l’entrée en matière.
Imaginez un mercredi soir pluvieux à l’Onyx, ce cube noir énigmatique planté au milieu de la zone Atlantis. Alors que je suis installée confortablement dans les fauteuils de ce théâtre, la salle est plongée brutalement dans le noir sur un fond sonore assourdissant pendant de longues minutes. Plus le temps passe, plus le son grésille. Plus le temps passe, plus le son est bourdonnant. Plus le temps passe, plus les basses sont fortes au point que je commence à les confondre avec les battements de mon cœur. Puis un écran de cinéma se distingue peu à peu à l’arrière de la scène jusqu’à disparaître et réapparaître. Cette première partie est tellement longue qu’elle parvient à me plonger dans un univers irréel et j’en viens même à me demander si ce que je vois et ce que j’entends ne sont pas plutôt des hallucinations visuelles et auditives.
Le reste du spectacle comprend la projection d’un film retraçant quelques scènes de vie d’un couple dans les années 70. L’histoire est simple, les personnages sont attachants et leur issue incertaine, puisque l’un des personnages disparaît dans la Loire. Bien que cette issue semble tragique j’ai envie de croire qu’il n’en est rien et que l’espoir est toujours là. C’est à partir de cette émotion que je comprends l’interprétation des danseurs qui entrent en scène dans la continuité de cette projection. Leur performance me rappelle le tourbillon des vagues qui ont aspiré l’ensemble des personnages dans la Loire comme dans le deuil. La chorégraphie traduit à la fois l’effondrement et l’espoir dans un gouffre sans fin. Plus tard, alors que je pensais les personnages de la fiction disparus, je les retrouve sur scène, en chair et en os, à quelques mètres de moi. Je retiens leurs voix, leurs attitudes et leur regard plus que leurs dialogues. Ils sont présents et me regardent. Ils me transmettent leurs angoisses mais aussi leur légèreté. Ils me déstabilisent aussi, tout comme le fond sonore final tellement puissant qu’il en devient presque insoutenable.

« Notre Printemps » est une des dernières œuvre du collectif Das Plateau créé en 2008 et qui réunit un auteur/danseur, une architecte metteur en scène, une comédienne est un auteur compositeur. Cette pluridisciplinarité permet la création d’un spectacle troublant, unique en son genre à partir d’une idée originale. Mes craintes de départ se sont tout de suite envolées me laissant bouché bée tout au long du spectacle. Le défi difficile est relevé avec puissance, sans artifices, en toute simplicité. Je suis réellement impatiente de découvrir ses prochaines créations artistiques, en espérant que certaines dates seront programmées dans notre région !

NR