De l’autre côté de la scène

Qui se cache derrière un orchestre ? Qui sont ces hommes et ces femmes qui nous font rêver le temps d’un concert ? Ce mercredi nous avons la chance de découvrir l’autre côté du miroir : la face cachée d’un concerto.

Après avoir découvert les coulisses de la grande salle de la Cité des Congrès (le Grand auditorium), Sylvain, musicien professionnel à l’ONPL (Orchestre National des Pays de la Loire qui regroupe les formations de Nantes et d’Angers) nous ouvre les portes de ce métier autant prisé qu’élitiste. Passionné dès son plus jeune âge, c’est à quatre ans qu’il commence à jouer d’un instrument de musique. L’appui de ses parents et une formation très spécifique vont l’amener à réussir les auditions très difficiles des orchestres nationaux. En effet, il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus. D’après lui, sur une vingtaine de candidats, une dizaine sont des touristes… les cinq derniers sont réellement dangereux. Ce soir c’est à l’alto qu’il va nous envouter. C’est une personne très simple et très pédagogue qui nous fait face. En effet, il nous fait découvrir son univers si complexe et si éloigné de nos réalités avec une simplicité déroutante.

La vie d’un musicien est cadencée par un rythme très soutenu. Il faut imaginer que pour un concerto comme celui de ce soir, il faut compter deux jours et demi de répétition (soit deux fois deux heures et demie de travail). Les musiciens reçoivent leurs partitions en général six semaines avant. Quand ils arrivent pour la mise en commun de leur travail, ils ont déjà plusieurs heures d’exercice de leur partie derrière eux. Le temps de préparation dépend ensuite des morceaux et des facilités de chacun pour leur partition. Suivant les musiques, les artistes classiques mettent plus ou moins de temps pour travailler leur cession. Le jeu de l’interprète est très précis même si il n’est pas nécessaire de connaître les morceaux par cœur car les feuilles sont sous leurs yeux. Pour illustrer cet aveu, Sylvain nous raconte une anecdote qui lui est arrivée en Turquie. Lors d’un concert, une bourrasque a emporté sa partition. Démuni, il ne se laissa point troublé. Connaissant la plupart des notes du morceau, il passa la fin du concert à jeter un coup d’œil sur la partition de son collègue de devant. Cela ne s’est point sentit dans l auditoire.

Les musiciens font partis d’une véritable famille. Ils doivent être très unis car en plus d’un travail commun, ils passent beaucoup de temps ensemble.

La sélection est très dure. Le Chef d’orchestre n’est pas forcément le même à chaque fois. Il est important d’en changer souvent pour inciter les musiciens à faire preuve d’adaptation et à sans cesse se renouveler. D’autre part, cela leurs permet de progresser car chacun des chefs d’orchestre a sa propre spécificité. Les interprètes n’ont pas le droit de donner leurs avis sur les interprétations. En effet, il serait trop compliqué pour la mise en place de la composition de prendre les avis de chaque mélomane. Cette fois ci, c’est le jeune Julien Leroy qui adapte le Concerto pour flûte de Mozart et dirigé la symphonie 1 de Beethoven. Ce n’est pas leur chef d’orchestre habituel. Sylvain profite d’une question pour nous donner la signification de certains des gestes si mystérieux de celui qui dirige d’une main de fer les formations de répertoire classique.

C’est un métier très difficile. En effet, le Chef d’orchestre passe plus de 300 jours en déplacement. Il est voué entièrement au métier qu’il exerce.
Les déplacements des musiciens sont très fréquents. Ils passent beaucoup de temps dans les transports. En règle générale, les trajets s’effectuent en car. Une fois par an, ils accompagnent les politiciens à l’international pour jouer dans des endroits tel que les opéras de Tokyo, Hongkong etc. Le reste du temps, ils se déplacent en région.

Après le concert, Sylvain nous raconte qu’il lui faut environ une heure pour redescendre. C’est le moment ou l’artiste doit se retrouver après avoir tenu une attention sans faute et sans fausse note. Ce fameux instant ou la pression redescend est essentiel avant de rentrer se coucher. Car comme nous le confie Sylvain, le trac est toujours présent même après plusieurs années de métiers.
Sur ces douces confidences, il est maintenant l’heure pour Sylvain de rejoindre le reste de son équipe afin de préparer la montée sur scène. Quand à nous, réellement heureux d’avoir partagé ce moment en toute intimité avec un musicien de l’ONPL, nous nous préparons à gagner nos sièges pour cette belle interprétation de la Flûte Enchantée.

Il est certain qu’après ces confessions intimes, nous n’écouterons plus le concert avec la même oreille !

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Pauline