De l’improvisé et du pas improvisé du tout : quelle place au partage dans la musique ?

Deux ambiances, deux concerts, deux formations musicales, deux styles de jazz, deux oreilles, deux bières, deux ambiances, un serveur, une table, un soir, une salle : le Pannonica.

Nous sommes vendredi soir dans un cabaret de jazz. Comme dans tous les cabarets de mon imagination, il y a des tables rondes, un serveur agréable qui chuchote, des bières et du vin, des instruments qui brillent sous des lumières dorées et tamisées, une ambiance feutrée et des têtes chenues qui écoutent attentivement.

La 1ère partie est faite d’improvisation avec un saxophoniste (Patrick Charnois), un batteur (Florian Chaigne) et un poète (Taran Singh). Ces trois-là m’hypnotisent.

Sur la voix profonde et chaude du poète qui déclame en anglais, les instrumentistes construisent un univers où ils me transportent. Je ferme les yeux : je suis dans un désert, je ressens une chaleur agréable qui me parcourt. Je me promène tranquillement en profitant d’une sensation de liberté totale. Des avions en papier volent au dessus de ma tête, je palpe presque le calme et la félicité. Soudain, le rythme s’accélère, la voix prend le beat, la batterie suit. Je me mets à courir, l’air effleure ma peau et je suis léger comme une plume. Les baguettes en main forment des éventails qui me rafraichissent à la lumière, le souffle du saxo me porte et m’encourage. Soudainement, je me retrouve face à un serpent. Il me fixe et se dresse verticalement. Il ondule sur sa queue, qui de nous deux charmera l’autre ? Le saxo vient à ma rescousse et séduit la bête de ses vagues d’air langoureuses. La musique s’arrête, c’est le moment de rouvrir les yeux et revenir sur ma chaise au cabaret. Les trois musiciens ont partagés leur art avec générosité ce qui atteint directement l’émotion et l’imagination.

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La 2eme partie est proposée par l’ensemble Post K avec un clarinettiste (Jean Dousteyssier), un saxophoniste (Benjamin Dousteyssier), un pianiste (Mathieu Naulleau) et un batteur (Elie Duris). Ils nous offrent un jazz orienté années 20/30. Tantôt le swing pointe son nez, tantôt c’est free. Techniquement, ils sont bons, ils sont même très bons, mais dans leur bulle. Le groupe a peu partagé pendant sa prestation. Nous avons eu quelques présentations de morceaux et de leur album mais aucune du groupe ou de ses choix artistiques. Cela donne une impression de barrière entre l’ensemble et la salle. Bien que la musique ait été parfaitement jouée, je n’ai pas été emporté.

Finalement cette soirée a été l’occasion pour moi de confirmer qu’au-delà de la technique de jeu ou du thème musical, c’est la générosité des musiciens, leur volonté de partager leur passion qui me parle. La musique est un vecteur d’émotions, ce n’est pas la compréhension intellectuelle qui m’atteint mais bien le cœur et l’imagination qui se laissent emporter. Pour cela le Pannonica est une salle où chacun peut trouver son bonheur dans la pluralité des propositions musicales. J’y retournerai prochainement avec plaisir pour un nouveau voyage dans le jazz.

Fabien