"Des Corps Electriques" par Rosie Marie

Dans la petite salle du TNT et devant un public épars, Rosie Marie, au chant et au clavier, accompagnée par Mathieu Lesénéchal à la guitare électrique et aux machines, explore un univers nocturne et électrisant où l’on parle d’amour charnel et de tensions des corps. Armée de mélodies pop sur fond électro (à grand renfort de samples), son objectif est affiché : explorer par ses mots et sa verve tous les ressorts de ce qui met les corps en tension, ces « corps électriques » donc. On plonge dans une intimité puissante et organique, celle des rencontres éphémères (« Amour météore »), de l’érotisme (le très doux « 2h du mat »), mais aussi dans l’anonymat de la foule (« Des corps électriques »). Le pari semble réussi : par sa maîtrise de la scansion et son grand sens du rythme, par son engagement corporel et une prestation vocale réussie, Rosie Marie porte de sa voix claire et percutante des textes simples et incisifs, dans une atmosphère feutrée.

Et pourtant, bien que les ingrédients soient réunis, quelque chose peine à décoller, à emporter le spectateur. Est-ce dû à cette façon de s’adresser au public, froide et aseptisée, comme si le public devait lui aussi être mis sous tension, mais à distance ? Lorsque vers le milieu du spectacle elle retrouve une parole naturelle à l’égard du public, c’est effectivement comme si quelque chose se dénouait, qui brise enfin la glace pour nous emmener dans cet univers qu’on regardait jusqu’alors comme au travers d’un écran. Malgré un univers cohérent en termes d’images et d’écriture, Rosie Marie se perd quelque peu dans des interludes étonnants où la recherche formelle et artistique se perd aux dépends du message (notamment une longue litanie sur les hommes et les femmes, quand la chanson qui suit, ode à la liberté d’être qui l’on veut, se suffit à elle-même).

A la décharge de Rosie Marie, il est important de souligner que le lieu et les conditions de sa performance (ce petit théâtre avec un public assis) semblent particulièrement inadaptés à sa proposition artistique et ne correspondent pas à l’énergie de son univers. En effet, toute l’écriture musicale, fondée sur des basses profondes et une cascade de sons électroniques, est une gigantesque invitation à la danse, voire à la transe. Portée par une formation de plus grande ampleur avec davantage de musiciens en live (et notamment un vrai batteur plutôt qu’une boîte à rythmes) pour mettre en valeur les arrangements, elle trouverait davantage sa place sur une plus grosse scène face à un public debout, dans un espace où les corps auraient toute la liberté de se déployer – de résonner en « corps électriques ».

Marie B.