Des mondes sans théâtre…

Le 23 avril 2018 à 20h30 on m’a proposé d’assister à « Un monde sans théâtre ».
Férue de spectacle vivant et plus particulièrement attachée à ce mode d’expression, je m’interroge. Que serait-ce qu’un monde sans théâtre ? Qu’est-ce que cela voudrait bien dire ? Les édifices auraient-ils été détruits, n’y aurait-il plus un.e seul.e comédien.ne, plus de public, plus de texte, plus aucune vision de metteur ou metteuse en scène ne serait digne d’intérêt ? Tout aurait-il déjà été dit ? Comment cet art aurait-il pu perdre son attrait ?

…arrivée au théâtre
L’accueil est sympathique et chaleureux à la salle Francine Vasse. On me tend le programme. Je m’installe dans un siège confortable pour le lire. 12 micro-pièces, 12 visions au menu de cette soirée du 23 avril. Un sacré morceau pour écrire un article de blog, pas facile de tout présenter et expliquer. Je m’attarderai sur les points positifs et quelques traits plus contrastés de la soirée.

« Un monde sans théâtre » mais pas sans message

La première micro-pièce est incisive. Elle prend la forme d’une lecture rythmée qui structure avec efficacité le texte et donne toute sa place à la thématique ; l’interdiction du théâtre. Le mot n’y est jamais prononcé. Le message est clair, un monde sans théâtre c’est l’enfer.
A travers différentes micro-pièces, le théâtre est interrogé comme véhicule d’une expression critique. Les pièces existent pour transmettre les messages polémiques des écrivain.nes « des emmerdeurs, des objecteurs de conscience ». Le théâtre est également questionné comme outil de propagande ou encore comme l’échappatoire d’une société écrasante. Sans théâtre plus possible de ridiculiser, ironiser, satiriser. La critique devient muette, censurée avec sa disparition.

« Un monde sans théâtre », sans ses maillons

Toutes et tous (écrivain.nes, comédien.nes, etc.) s’accordent pour dire que le théâtre est le fruit d’un travail collectif ; sans comédien.nes, sans technicien.nes, sans répétitions, sans public, etc. pas de théâtre.
On retrouve beaucoup de micro-pièces qui traitent de ce sujet. Par exemple, les dernières comédiennes s’éteindront sur scène. Avec le dernier acte de leurs vies, le monde du théâtre cessera d’exister. Cette même pièce abordera également avec humour celui-ci la vieillesse des comédien.nes ; la perte de la mémoire en fin de vie, l’incapacité à se souvenir de son texte.
Par le jeu du masque, la place des comédien.nes est interrogée. Pour cet être composé de trois visages, le masque est trop lourd à porter, il se dévoile et se questionne. Il explique qu’il ne supporte plus cette vie de célébrité, d’être envié.

D’autres micros-pièces figureront avec humour et ingéniosité des réalités alternatives. Un monde protocolaire, froid sans émotions, gommé de son humanité ou encore une civilisation dans laquelle les bonobos ont survécus et notre civilisation d’homo sapiens sapiens devenue mythique a enterré le théâtre avec elle.


« Un monde sans théâtre » et sans mise en scène

On pourra regretter que certaines commandes accès sur le texte ne semblent pas abouties d’un point de vue de la mise en scène. Cela donne un aspect brouillon à des textes pourtant profonds. Ainsi aurait-il été préférable pour certaines micros-pièces de choisir un format lecture face au public insistant sur la rythmique et l’élocution plutôt que celui d’un entre soi des comédien.nes présentant une lecture approximative et peu audible.

« Un monde sans théâtre », une commande peu aisée

A travers les différentes présentations auxquelles se prêtent écrivain.nes et metteurs et metteuses en scène on retiendra la difficulté de la commande. La thématique semblait peu les ravir lorsqu’elles et ils l’ont entendue. Dans leurs propos, la question du comment écrire sur un monde sans théâtre lorsque l’on appartient soi-même à ce monde est récurrente. De même que la difficulté de ce que représente un monde sans théâtre ?

En somme, j’ai regretté que certaines micro-pièces manquent de prise de risque et que la thématique n’est pas été traitée plus globalement et en profondeur.
Je m’attendais à une déstructuration complète des codes, position inhérente au sujet.

Charlotte