Deux spectacles au pouvoir de nous émouvoir

Quelle difficulté de raconter ma soirée au TU-Nantes !
N’y étant encore jamais allée, j’ai découvert un lieu vivant empli d’une effervescence étudiante.
Une pièce près de la billetterie hébergeait une exposition, une performance prenait place dans le hall d’entrée (l’expression prendre place doit ici être comprise au sens littéral), plusieurs dizaines de personnes étaient attablées à boire un coup et grignoter…

À ma surprise, en pénétrant dans la salle, les comédiens sont déjà installés, ils nous attendent. Une fois le calme instauré, la pièce commence. Elle nous propose une balade à l’aide de mots et d’idées, pleine d’intelligence, de profondeur, ponctuée de pointes d’humour. J’ai même eu envie à plusieurs reprises de participer à la conversation dans laquelle sont plongés les personnages tout au long de la pièce, qui nous invitent à une introspection tout en nous appelant à une compréhension de l’autre. Aveugles traite de grands thèmes existentiels, le public doit suivre le chemin de pensée des personnages, guidé par l’intelligence collective du groupe - ce qui n’est pas toujours évident.

Cette pièce raconte aussi les dynamiques relationnelles au sein d’un groupe, les attitudes passives, actives, et toutes les nuances entre ces deux extrêmes, mais aussi la complicité que les personnages entretiennent les uns envers les autres, perçue à travers un regard, un geste, un mot. Cette pièce est un moment hors du temps, à part de la société, où les personnages prennent le temps d’aller au bout de leurs idées, de faire débat. La fin de la pièce est un mirage, le pari est pour ma part réussi : j’ai ressenti un chaos d’émotions, entremêlées et contraires.

Puis, pause entre les deux pièces. 21 h, la seconde partie de la soirée commence. Antigone propose une relecture de la pièce de Jean Anouilh à la lumière des enjeux de l’Union européenne. Ambitieuse, cette réinterprétation de l’œuvre est, certes, difficile d’accès : il faut s’immerger dans l’univers qu’on nous propose, être attentif à la mise en scène symbolique et assimiler le discours. C’est pourquoi, si on est fatigué de sa journée, il vaut mieux passer son chemin, cette pièce demande une concentration soutenue. Mais, armé de ses pleines capacités d’attention, cette élévation du débat et d’ingéniosité fait du bien.
La pièce est organisée en rings dans lesquels chacun essaie de faire entendre sa voix, où sont représentés – avec sueur et essoufflements – les jeux stratégiques entre les différents acteurs de nos institutions. Les comédiens mettent en scène et en corps les dynamiques liées au pouvoir, la lutte perpétuelle, la volonté d’acquérir toujours plus, les stratégies d’attaque, de défense… Ils nous livrent une véritable performance, pleine de sens.
Ces deux spectacles nous donnent des représentations du pouvoir différentes, l’une est relationnelle et sensible, l’autre politique et dénonciatrice.

Lola Lusteau